Les parents s’intéressent beaucoup à ce qu’on enseigne à leurs enfants. Il me paraît étonnant que ceux là mêmes qui discutent âprement des programmes scolaires semblent se désintéresser des programmes » fournis à la maison. Ce manque d’intérêt se manifeste dans leur façon de choisir au petit bonheur les jouets, livres et disques. Quand on y pêne, on s’aperçoit que le programme » à la maison est aussi important que celui de l’école. Avant que votre enfant n’entre à l’école, ce programme donné à la maison est le seul qu’il suive.
Les psychologues et les éducateurs sont parvenus dans leurs recherches à cette conclusion fondamentale que votre enfant est sans cesse en train d’apprendre quelque chose, et pas seulement pendant le temps passé à l’école. Leur deuxième conclusion est que le moyen privilégié par lequel les enfants apprennent pendant l’âge préscolaire est le jeu. Il est donc très important de choisir avec soin les jouets, livres et disques dont nous agrémentons leurs jeux. Les livres, les jouets et les disques sont les livres de classe des années préscolaires.
Puisque l’enfant ne cesse d’apprendre, ce qu’il apprendra à la maison par le jeu dépend du matériel que vous mettez à sa disposition, de votre aptitude à jouer avec lui et à lui apprendre à jouer seul. Ce dernier point va sans doute choquer bien des parents : ainsi les parents comme les enfants doivent apprendre à jouer On croit en général que les enfants savent jouer. Ce que les psychologues mettent en doute. Un enfant de trois ans ne sait pas d’instinct faire avec des cubes des constructions complexes et intéressantes, ni construire des villes et des cités en jouant avec un autre enfant. Il doit l’apprendre.
Il lui est sans doute beaucoup plus facile d’apprendre à jouer seul ou avec d’autres enfants que pour des parents d’apprendre à jouer avec le jeune enfant en question. Le père ou la mère doivent pour cela quitter leur sphère d’adulte et se mettre au niveau de l’enfant, ce qui, pour beaucoup de parents, n’est pas chose facile. Nous devons apprendre à jouer avec un enfant, à trouver des jeux spontanés, à raconter des histoires et à lui lire des livres. Toutes ces activités exigent un art et une technique à acquérir.
Mais il y a peu d’activités plus plaisantes que d’apprendre l’art du jeu. C’est presque toujours un enseignement à double sens : quand nous jouons avec un enfant, nous apprenons autant que lui. Pour beaucoup de parents, c’est une occasion merveilleuse de retrouver ce qui leur a manqué pendant leur enfance.
Une des premières choses qu’un père ou une mère doivent apprendre est à acheter des jouets. Aux Etats Unis les parents dépensent chaque année plus de deux milliards de dollars en jouets. Malheureusement la plus grande partie de cette somme est gaspillée. Pourquoi ?
Tout d’abord, les jouets sont souvent mal conçus, par des gens qui connaissent très mal les enfants, la psychologie ou l’enseignement.
Deuxièmement, les gens qui conçoivent des jouets vraiment éducatifs sont handicapés par les contraintes commerciales des grandes entreprises. Un de mes amis, qui crée des jouets éducatifs, dit qu’il attrape tous les ans des migraines quand il va à Chicago au salon où sa maison expose ses créations. Le spécialiste des ventes ne sait que répéter : « Ce jouet est trop cher, il faut diminuer le prix de deux dollars ». ce qui équivaut souvent à en supprimer le caractère éducatif (ce dont le spécialiste des ventes ne se soucie guère).
En troisième lieu, il est très difficile pour les petits fabricants de jouets qui ont des idées intéressantes de soutenir la concurrence avec les géants du marché qui disposent de puissants moyens publicitaires.
Quatrièmement, même en face de bons jouets, la mère ne connaît pas assez le développement de l’enfant pour donner celui qui convient exactement à l’enfant et à son âge. Ainsi, je connais un père qui offrit à son fils de trois ans une grosse boîte de Meccano. Le Meccano est un excellent jouet, mais on ne devrait pas l’offrir à un enfant de moins de sept ou huit ans. Un enfant de trois ans n’a pas la précision musculaire suffisante pour se servir d’un Meccano.
L’enfant, après avoir essayé sans grand succès d’assembler les pièces, se découragea et abandonna. Au Noël suivant, quand son père lui offrit un « Bib Fixe ». jeu de construction en bois convenant parfaitement pour quatre ans, l’enfant ne voulut pas s’en servir. Il était marqué par sa. déconvenue avec le Meccano et refusait tout jouet du même genre.