Parlons maintenant du choix des livres pour enfants. Certains d’entre vous pensent peut être : « Est ce si important ? Il suffit d’acheter quelques livres à son enfant, qu’il aimera, qu’on lui lira et voilà tout. Quelle différence apporte le choix entre tel et tel genre de livres ? »
Une étude faite par le Dr Georges Gallup montre cette différence. Le Dr Gallup a étudié chez les adultes aux Etats Unis quelles étaient leurs habitudes de lecture et d’achat de livres, et il est arrivé à cette conclusion que les adultes américains n’aiment pas particulièrement lire ou acheter des livres.
Il a étudié des groupes représentant trois. catégories différentes de gens : ceux qui étaient diplômés d’études secondaires, ceux qui avaient suivi des cours en, faculté mais n’étaient pas diplômés et ceux qui avaient des diplômes universitaires. Il s’aperçut que 50 pour cent du groupe des diplômés d’études secondaires n’avaient pas lu un seul livre l’année précédente ; 46 pour cent de ceux qui avaient suivi des études supérieures sans obtenir de diplôme avaient lu un livre. Un tiers approximativement des diplômés universitaires n’avaient pas lu de livre. Le Dr Gallup constate : « Ces chiffres ne rassurent guère ceux qui défendent le système actuel d’éducation en Amérique. »
Bien plus, quand on compare les habitudes de lecture des Américains à celles des Anglais, des Allemands, des Hollandais, des Suisses, des Français et des Scandinaves, les Etats Unis sont en fin de liste.
Dans un autre travail d’échantillonnage aux Etats Unis, le Dr Gallup s’aperçut que près des deux tiers des adultes avaient reconnu ne pas avoir lu un seul livre durant toute l’année précédente (à l’exclusion de la Bible et de manuels). Bien plus, un adulte sur six seulement pouvait citer un livre récemment publié qu’il souhaitait lire tout particulièrement.
Les habitudes d’achat des livres des Américains démontrent également qu’on leur a mal appris à aimer la lecture et les livres, Au premier abord, il semblerait que l’Amérique est un pays de lecteurs avides, si on considère simplement le nombre impressionnant de livres reliés et brochés vendus en Amérique. Cependant, quand on examine les chiffres de plus près, on s’aperçoit qu’en réalité un cinquième des adultes « consomme » plus de 80 pour cent des livres achetés et lus aux Etats Unis. Ce que ces chiffres révèlent, c’est qu’un très petit nombre d’adultes aux Etats Unis aiment la lecture. Si on veut que cette situation se modifie, comme le dit le Dr Gallup « pour beaucoup de gens, l’amour des livres doit être soigneusement entretenu ».
L’est dans les cinq premières années de la vie qu’on doit établir les fondements essentiels de l’amour des livres et de la lecture, créer l’habitude de lire et d’acheter des livres.
D’après les chiffres du Dr Gallup, il est clair qu’en fait le système d’enseignement américain échoue lamentablement pour un grand nombre d’écoliers. Vous ne pouvez donc faire confiance à l’école pour accomplir cette oeuvre. Si vous voulez que votre enfant lise et qu’il continue plus tard, il faudra que vous, parents, vous lui fassiez prendre cette habitude et que vous veilliez à ce qu’elle persiste. Et pour prendre cette habitude, les années cruciales sont les cinq premières années, avant que votre enfant n’entre à l’école.
Enseigner l’amour de la lecture à votre enfant procède des mêmes éléments d’enseignement de base dont nous avons parlé dans les précédents chapitres. Votre enfant aimera lire et acheter des livres si vous l’encouragez et le récompensez quand il le fait.
De tout cela découle un principe essentiel : ne vous inquiétez pas du contenu des lectures de votre enfant du moment qu’il lit. Quel que soit le texte imprimé que votre enfant désire et aime lire, que ce soit un livre, un magazine, un journal, des bandes dessinées, tout cela est bon pour lui. C’est particulièrement vrai pour les enfants de plus de six ans. Les parents pensent parfois
« Oh ! il ne lit que des sottises, des bandes illustrées ou des inepties, je veux qu’il lise de la bonne littérature. » Ne vous inquiétez pas, les « inepties » dont il se nourrit doivent satisfaire quelque besoin psychologique du moment, et c’est très bien comme cela. Tant qu’il continue à lire, son goût s’affine peu à peu. Bien sûr, le prétendu problème de la littérature sans valeur ne surgit pas dans les années préscolaires, car votre enfant « lit » alors ce que vous avez choisi de lui lire (ou s’il sait lire avant l’âge de six ans, ce que vous avez choisi pour lui). Et votre choix dans ces années là sera capital dans l’amour qu’il manifestera plus tard pour la lecture.
Comment choisir ? Equilibrez les ouvrages d’imagination et les histoires vraies. Il a besoin d’un régime de lectures équilibré comme pour sa nourriture. S’il lit uniquement des histoires réelles, son imagination créatrice ne se développera pas assez. Si, au contraire, il se limite aux histoires imaginaires et fantaisistes, il négligera la lecture comme moyen de comprendre la réalité dans laquelle il vit.
Il faut que l’enfant sache faire avec équilibre les emprunts des livres à la bibliothèque et les achats pour sa bibliothèque personnelle qui augmente.
De nombreux parents commettent la faute de limiter tous les ouvrages que lit leur enfant aux livres, de bibliothèque parce qu’ainsi ils économisent de l’argent. Ces mêmes parents lui achèteront pourtant des jouets à Noël. Si une mère agit ainsi, qu’elle en soit consciente ou non, c’est comme si elle enseignait à l’enfant : « Les jouets sont plus importants que les livres puisqu’on t’achète des jouets que tu peux garder, mais jamais de livres. » Et un enfant, particulièrement d’âge préscolaire, a besoin d’avoir des livres qu’il sent bien à lui.
Il est difficile pour un enfant de grandir dans le respect des livres s’il n’en a jamais eus à lui, s’il n’a jamais connu le plaisir de monter sa bibliothèque personnelle en y ajoutant des livres un par un au fil des années. De même qu’il a des jouets préférés auxquels il revient sans cesse pour jouer, il lui faudrait de même avoir des livres qu’il relira d’innombrables fois. Quand un enfant est malade et doit rester à la maison, c’est alors qu’il aime jouer. avec ses vieux jouets préférés. C’est à un tel moment qu’il doit pouvoir aussi relire ses vieilles histoires favorites. Il importe peu de savoir quels sont vos moyens financiers, une partie de l’argent que vous consacrez à votre enfant devrait aller aux livres.
Si vous avez appris à votre enfant à découvrir toutes les joies de la lecture, il ouvrira sans cesse ses livres. Même si vous pouvez seulement lui acheter cinq livres brochés par an et que vous continuiez cette habitude jusqu’à ce qu’il termine ses études secondaires il aurait alors quatre vingt cinq livres en sa possession. Et ce serait beaucoup plus que bien des jeunes bacheliers n’en possèdent.
Par suite de la révolution électronique apportée par la télévision, l’amour des livres et de la lecture est plus difficile à faire naître chez les enfants de nos jours.
Lorsque j’étais enfant il n’y avait rien de comparable à la télévision. Et j’adorais lire. Mais si j’avais le choix entre lire un livre et aller au cinéma, il n’y avait pas de discussion. Le film l’emportait toujours. Le cinéma est maintenant à domicile, instantanément disponible, c’est la télévision. Les parents doivent donc consacrer encore plus de temps et d’efforts à la lecture qu’ils ne le faisaient à l’époque où il n’y avait pas de petit écran.
Un des meilleurs moyens pour que votre enfant aime les livres et tout ce qui s’y rapporte est de faire en sorte que la bibliothèque et la librairie du quartier soient des endroits qu’il associe à la notion de plaisir. Il faudrait qu’il considère la bibliothécaire et le libraire comme des amis. Le contact personnel compte beaucoup chez les enfants d’âge préscolaire. Tant mieux pour vous si ces personnes connaissent votre enfant et s’intéressent à lui.
De nos jours beaucoup de parents sont vraiment perplexes devant le nombre de livres d’enfant parmi lesquels il leur faut choisir. Avant d’acheter un livre, ou avant que vous empruntiez un livre pour lui à la bibliothèque, examinez le d’abord. Le critère probablement le plus décisif dans le choix des livres est que la mère aime elle même le lire. Si le livre vous parle » il parlera aussi à votre enfant. Si vous ne l’appréciez pas, l’enfant risque de ne pas l’aimer quand vous le lui lirez. De ce fait, il ne peut exister de liste infaillible de livres pour enfants car non seulement l’enfant mais la mère sont uniques dans leurs goûts.
Les parents sont parfois horrifiés par le prix des livres, lis pensent que c’est une somme considérable pour un ouvrage que l’enfant lira une seule fois. C’est en cela que les parents se trompent.
Un jeune enfant peut prendre son livre bien aimé de comptines dans son lit, regarder des images et vous demander de le lire pendant des mois. Un livre qu’il aime vraiment est comme un long, long voyage.
Cela me mène à un autre sujet lié aux livres et à leur prix. Peut être aussi à cause d’une sorte de respect pour le texte imprimé, mais bien souvent, nous avons tendance à attendre que l’enfant ait des précautions d’adulte pour les livres que nous lui offrons. Nous attendons de lui qu’il ne le marque pas, qu’il ne le salisse pas et qu’il ne le déchire pas. Pourquoi ? Quand nous achetons un jouet, nous sommes parfaitement préparés à ce qu’il soit traité durement. En fait, plus un jouet est aimé, plus il subira de mésaventures. Pourquoi ne pas apprendre à réagir de la même façon vis à vis des livres ? C’est ce qu’il faudrait faire. Si nous répétons sans cesse à notre enfant de ne pas les tacher, nous décourageons chez lui l’habitude d’être à l’aise avec eux.
Le nombre sans cesse croissant de livres brochés de bonne qualité pour enfants vous aidera à limiter la dépense.
H faut fournir des rayonnages à l’enfant pour sa bibliothèque. Les plus faciles à construire sont ceux qui reposent sur le sol, faits de blocs de ciment ou de briques, avec des planches posées sur les briques en guise de rayonnage et qui facilitent la disposition des planches suivant la taille des livres. Un tel assemblage est particulièrement commode pour les enfants d’âge préscolaire car leurs livres sont souvent de grande taille et ne peuvent s’adapter à une bibliothèque conventionnelle. De cette façon on peut aussi déplacer les rayonnages si c’est nécessaire.
Les livres peuvent avoir une influence énorme sur un enfant. Lorsque vous lui en lisez un, ce qui entre par une oreille ne sort pas par l’autre, mais reste enseveli dans sa mémoire. Une étude du Dr Georges Gallup démontre que les enfants auxquels on a lu des histoires quand ils étaient tout petits ont des résultats scolaires meilleurs que les autres.
Le Dr Gallup dans une étude portant sur 1045 cas a pu constater que dans un cours élémentaire, on avait lu régulièrement des histoires à 79 pour cent des bons élèves contre 49 pour cent des élèves médiocres.
L’enfance est brève. Vous ne pouvez lire JIabar à un enfant de dix ans. Il a dépassé ce stade. Si vous ne le lui avez pas lu dans ses jeunes années, l’occasion n’en reviendra plus jamais. C’est pourquoi un choix judicieux sera déterminant pour son éducation et son développement.