Vous pouvez par ailleurs apprendre à votre enfant à compter. Ce qui n’est certes pas si simple qu’on pourrait croire.
Beaucoup de parents s’illusionnent en pensant qu’ils ont appris à compter à leurs enfants : ils disent : « Richard, montre à ton oncle Joseph comme tu sais bien compter jusqu’à 20 ! » L’enfant récitera sans se faire prier les nombres de I à 20, et Tonton Joseph sera impressionné à juste titre. Mais si l’oncle plaçait 20 boutons devant Richard en disant « Richard, voyons si tu peux compter ces boutons de I à 20 », les parents se rendraient vite compte de l’énorme différence qui existe entre apprendre vraiment à compter à un enfant et lui apprendre simplement à dire les nombres de 1 à 20 !
Savoir compter est une démarche tellement importante en arithmétique et en mathématique que cela vaut la peine de l’enseigner à votre enfant. Comme pour écrire les lettres, vous pouvez commencer quand il a à peu près trois ans. Les idées et la méthode que je vous exposerai sont tirées de l’excellent livre de Thérèse Engel man : Comment donner à votre enfant une intelligence supérieure’ à qui j’exprime ici mes remerciements pour m’avoir autorisé gracieusement à les citer.
Il vous faut quelques objets tels que boutons ou cubes. Prenons par exemple des boutons.
Disposez trois boutons (pas plus) devant votre enfant, assez espacés les uns des autres, afin qu’ils soient bien visibles et que l’enfant ne soit pas dérouté. Expliquez à votre enfant les règles de ce nouveau jeu, que vous pouvez appeler : « Le jeu d’apprendre à compter. » (Rappelez vous qu’il est toujours bon de présenter un enseignement sous forme de jeu.)
Dites à votre enfant : « Il faut toucher chaque bouton avec le doigt, mais on ne peut le toucher qu’une seule fois. Quand ton doigt touche un bouton il faut lui donner un numéro.
« O.K., on commence. Il faut trouver combien il y a de boutons. Je mets mon doigt sur le premier bouton et je dis : « un ». Après, je passe au bouton suivant et je dis : « deux », puis au suivant et je dis : « trois ». Cela fait trois boutons. On voit trois boutons, on touche trois boutons. »
« Recommençons. Mais d’abord changeons les de place et mélangeons les. Si je les bouge, c’est pour que tu ne croies pas que le bouton rouge s’appelle toujours « un » et le bouton vert toujours « trois ». Le premier bouton qu’on touche s’appelle toujours « un » quelles que soient sa couleur et sa taille, et « deux>’ est toujours le nom du second, quelles que soient sa couleur et sa taille. »
Un détail : veillez à toujours compter les boutons de gauche à droite parce que c’est dans ce sens là qu’on lit et qu’on compte en français.
Faites le jouer plusieurs fois à ce jeu. Puis laissez l’enfant compter lui même, en l’aidant un peu, Prenez son doigt et placez le sur le bouton en comptant « un ». Faites lui dire « un » à haute voix.
Après avoir joué ensemble plusieurs fois, laissez le essayer seul. S’il ne réussit pas, aidez le encore une fois, jusqu’à ce qu’il domine le processus de la numérotation. Félicitez le, mais n’exercez aucune contrainte sur lui. Jouez à ce jeu pendant cinq minutes à peu près, pas plus, même s’il apprend très vite.
Essayez de jouer avec lui tous les jours. Quand l’enfant est très à l’aise avec trois boutons, ajoutez en petit à petit, jusqu’à dix.
Profitez de toutes les occasions qui se présentent pour jouer à compter d’autres objets mais assurez vous toujours que les objets que vous comptez, clés, oranges ou pommes, sont tous bien présents en même temps sous ses yeux. Autrement le jeu serait trop difficile. Par exemple, compter les feux rouges ou les camions qui passent sur la route quand vous êtes en voiture est trop difficile, car tous les objets ne sont pas présents en même temps. Comptez plutôt des objets du genre oranges ou pommes, ou boîtes et paquets achetés au marché.
Après trois ou quatre mois de ce jeu, ajoutez y une nouvelle règle : faites prendre à l’enfant chaque objet pendant qu’il compte, faites les lui remettre en tas. S’il y arrive, tous les objets auront perdu leur position initiale pour être dans la pile. Montrez lui d’abord comment faire puis laissez le essayer tout seul.
Quand cela est au point, introduisez une nouvelle manoeuvre : placez dix boutons sur le sol. Pour lui montrer comment s’arrêter de compter à cinq, ramassez vous même un, deux, trois, quatre, cinq boutons, en les comptant à haute voix.
Dites alors : « O.K., maintenant c’est à ton tour, compte jusqu’à cinq et arrête toi. » S’il réussit, félicitez le, sinon montrez lui encore une fois et faites lui recommencer. Il se peut que votre enfant soit troublé par ce nouvel aspect du jeu, mais soyez doux et patient et peu à peu il s’y mettra.
Compter de six à dix est plus difficile. Ne vous inquiétez pas, cela viendra avec de l’entraînement et de la patience de votre part. En manipulant des objets concrets qu’on peut compter, votre enfant apprendra les principes de base de la numération. Si vous commencez à la lui apprendre à trois ans, il aura probablement maîtrisé ces mécanismes de base à l’âge de quatre ans.
Remarquez que les deux jeux mathématiques que je viens de citer (les réglettes de Cuisenaire et le jeu de la numération) ont pour principe la manipulation d’objets concrets. Une des raisons pour lesquelles tant d’adultes et d’enfants ont des difficultés en arithmétique et en maths est qu’au début on a voulu leur faire manipuler sur le papier des nombres et des symboles abstraits. Il leur manque d’avoir commencé par des manipulations concrètes.
Notez la différence chez les enfants entre l’apprentissage du langage et celui des mathématiques. En général les enfants ont beaucoup moins de difficultés à apprendre le langage, et cela pour deux raisons.
D’abord, le langage implique la pensée véhiculée par les mots, alors que les mathématiques impliquent la pensée véhiculée par les nombres et les formes. Et les enfants peuvent beaucoup plus s’entraîner à penser avec des mots qu’avec des nombres et des formes. Si nous donnions à nos enfants seulement un peu plus de temps et la possibilité de penser avec des nombres et des formes, nos enfants seraient beaucoup plus forts en mathématiques qu’ils ne le sont. Notre culture les soumet à un véritable « bombardement » verbal par la télévision, la radio, les journaux, les magazines et les livres. On les « bombarde » de beaucoup moins de nombres et de formes.
Deuxièmement, nous nous figurons que nos enfants peuvent apprendre l’arithmétique et les mathématiques sans qu’on leur donne d’expérience valable de manipulation concrète. Or, c’est à partir de cette manipulation d’objets qu’ils peuvent apprendre les principes abstraits de l’arithmétique et des mathématiques. Les enfants qui ont joué avec les réglettes de Cuisenaire et compté les boutons plusieurs années avant l’école primaire sont beaucoup mieux préparés à apprendre l’arithmétique et les mathématiques que ceux qui n’ont pas bénéficié de cette expérience de manipulation concrète.