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 Distinction entre actions et sentiments

Il est important que les parents fassent cette distinction entre les sentiments et les actes parce qu’un enfant peut apprendre à contrôler ses actes ; il ne peut pas apprendre à contrôler ses sentiments. Les sentiments d’un enfant, comme ses pensées, parviennent spontanément à son esprit. Il ne peut contrôler ni le moment où il les éprouve ni la façon dont il les éprouve.

Considérons par exemple la colère : un enfant ne peut s’empêcher d’être en colère ou hostile de temps en temps. Mais on peut raisonnablement espérer qu’il apprendra à contrôler les actes asociaux qui expriment ce sentiment : donner des coups. lancer du sable ou mordre.

La première chose à faire avec un enfant en période de « première adolescence » est de l’aider à imposer des limites raisonnables à ses actions. Malheureusement, beaucoup de parents ont manifestement mal compris la psychologie moderne en pensant qu’imposer des limites à un enfant équivaut toujours à le traumatiser ou à restreindre le développement de sa personnalité. La psychologue E. de Leshan raconte à ce sujet l’anecdote suivante : son mari fut appelé un jour au téléphone par un de ses amis d’une cabine proche de chez lui. Et cet ami lui expliqua : « Je ne peux t’appeler de chez moi parce que Bobby raccroche sans arrêt. » Bobby avait trois ans.

Mais quelles sont les limites raisonnables pour un jeune enfant ? On ne peut donner aucune règle absolue. Commencez par vous poser la question : « Combien d’interdictions formelles dois je exiger à cet âge ? » Vous serez peut être surprise en écrivant cette liste de découvrir qu’elle est plus courte que vous ne le pensiez.

Une femme vint un jour me consulter au sujet de son enfant qui avait des habitudes bizarres qui la tracassaient.

Et particulièrement celle ci : au lieu de manger son gâteau comme les autres enfants, il enlevait la croûte de sucre qu’il roulait en boule, la mangeait et laissait le reste du gâteau sur son assiette. Pour quelque raison psychologique bien personnelle cela rendait la maman furieuse. Elle venait me demander quelle attitude générale avoir avec cet enfant, et me révéla cette particularité au cours de notre entrevue. Je lui demandai ce qu’elle avait essayé de faire pour changer cette façon peu orthodoxe de manger les gâteaux, et elle me dit :

« J’ai tout essayé ! Je l’ai grondé, je l’ai corrigé, je lui ai offert de l’argent s’il acceptait de ne plus le faire. Rien n’y fit. »

Je lui demandai alors pourquoi il était si important pour elle d’amener l’enfant à abandonner sa façon excentrique de manger les gâteaux. Est ce que cela lui donnait des caries dentaires ou mal au cour ? « Non, me dit elle, c’est à moi que cela donne la nausée : je ne peux pas le voir gâcher ainsi le reste de son gâteau. »

Je lui proposai d’essayer à ce sujet une petite expérience. La fois suivante, au dessert, le petit garçon commença à détacher la croûte de son gâteau et à la rouler en boule. La mère, suivant mes instructions, ne dit rien, à la grande surprise du garçon. qui lui fit remarquer :

Alors, comme d’habitude le petit garçon décolla la croûte de sucre, la roula en boule, la mangea et laissa le reste du gâteau. Il recommença quatre jours de suite. La mère ne disait toujours rien. Le cinquième jour. à sa grande surprise. il mangea son gâteau comme les deux autres enfants de la maison. Quand la mère vint m’en parler, elle n’en revenait pas. Comment a t il pu changer ainsi ? », demanda t elle. « La comédie s’arrête quand le public est parti », répondis je simplement.

Ce petit incident est révélateur de bien des choses, mais celle sur laquelle je voudrais insister est simple : il était stupide que cette maman insiste pour que son enfant mange son gâteau « comme tout le monde Au sujet de votre enfant de deux ans et de ce que vous voulez qu’il fasse, posez vous toujours la question : quelle importance cela a t il qu’il fasse ceci ou ne fasse pas cela ? Est ce que cela vaut seulement la peine d’en parler ? Il y a assez d’interdictions essentielles et de limites à imposer à un enfant de " ans avec les poêles et fourneaux allumés, les dangers o . rue, le sable à ne pas lancer aux autres enfants, pour qu’il ne faille pas vous compliquer la vie, à vous comme à lui, avec une foule d’interdits sans aucune importance.

Beaucoup de parents pensent qu’il y a quelque part une liste magique des limites que tous les parents devraient imposer à leurs enfants. Cette liste ne peut exister, car chaque type de parent possède des qualités personnelles et un style de vie différents. Certains parents sont relativement détendus et considèrent quelques limites seulement comme essentielles. D’autres seront beaucoup plus stricts et feront respecter beaucoup plus d’interdits. Ces deuxièmes types de parents se sentiraient sans doute très mal à l’aise s’ils laissaient faire à leurs enfants ce que les premiers permettent.

Je vais vous confier un secret. A mon avis, les limites que vous imposez aux actions de votre enfant n’ont pas grande importance pourvu que ces limites soient sensées et logiques et qu’elles vous paraissent justifiées ainsi qu’à vos enfants.

Certes, c’est sans doute une erreur et une attitude contre nature que des parents n’imposent absolument aucune limite aux actions de l’enfant. Mais à l’opposé la situation sera intenable si vous essayez de tout interdire. La santé mentale et morale des parents et le développement harmonieux de l’enfant sont à chercher quelque part entre ces deux extrêmes ; il appartient à chaque maman et à chaque papa de définir pour lui même ce « quelque part

La plupart des parents sont particulièrement conscients des limites qu’ils imposent aux actions de leurs enfants. mais sont le plus souvent perdus lorsqu’il s’agit de leurs sentiments.

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