Etre parent est, pour nous tous, un apprentissage permanent. Quand nous apprenons une nouvelle technique qu’il s’agisse de conduire, de jouer d’un instrument ou d’élever un enfant c’est en faisant des erreurs que nous progressons. Mais la tentative et l’erreur solitaires représentent la façon la moins efficace d’apprendre.
Supposons que vous n’ayez jamais joué au bridge de votre vie et que vous décidiez de vous y mettre. On peut à la rigueur apprendre à jouer au bridge en grinçant des dents et en abordant la chose à contrecoeur. Mais pour vous, quel pénible apprentissage ! Que de désagréments inutiles vous vous attirerez à essayer de toutes vos forces de découvrir tout seul les subtilités des annonces et la stratégie du jeu. Un moyen beaucoup plus facile et efficace consisterait à se faire expliquer les règles par un joueur compétent et expérimenté.
Mon intention est de vous communiquer ce que plus de vingt années de vie professionnelle et ma propre expérience de parent m’ont appris.
Pour qu’un livre ait des chances d’établir un contact entre l’auteur et le lecteur, il faut qu’il se présente comme un dialogue positif.
C’est pourquoi j’ai tenté d’aller au devant de vos questions. Et j’ai essayé de deviner les moments où certaines données scientifiques pourraient vous sembler inattendues.
J’ai essayé d’écrire ce livre sur le ton d’une conversation entre amis, comme si nous étions, vous et moi, en train de bavarder en prenant une tasse de café. Par exemple, je cite de temps à autre mes expériences avec mes propres enfants. Et, bien que ce livre se fonde sur les travaux, expérimentaux et cliniques de nombreux spécialistes du comportement, je n’ai pas fourni à l’appui de tel fait précis toutes les preuves scientifiques qui l’établissent. J’ai parfois cité quelques travaux fondamentaux mais j’ai réduit ce type de documentation au minimum.
Je sais que la plupart des lecteurs n’aiment pas qu’un livre soit bourré de notes savantes et de références à des expériences scientifiques.
Je me suis particulièrement intéressé à deux catégories de mères qui liront ce livre : la première est la mère qui n’a pas encore eu d’enfant. A certains égards, celle ci lira ce livre au meilleur moment possible. Elle pourra apprendre beaucoup de choses qui lui serviront, avant d’avoir à résoudre les problèmes soulevés par les soins à donner à un vrai bébé.
Cependant, on ne peut apprendre à élever un enfant en lisant seulement ce livre, pas plus qu’on ne peut apprendre à conduire en lisant un manuel. Il faut adapter ce que dit ce livre à la réalité vivante de votre enfant. Et celui ci ne ressemblera à aucun autre enfant au monde. C’est un être vraiment unique.
Ce livre, comme tout autre livre traitant de l’éducation, ne peut être qu’un ouvrage général par rapport à votre enfant. Une mère connaît son bébé mieux que personne, c’est pourquoi si certains passages vont à l’encontre de vos sentiments de mère, oubliez ce que dit le livre et suivez votre instinct.
Nous avons tous tendance, lorsque nous acquérons une connaissance nouvelle, à douter de nous et à désirer qu’un autre énonce des règles strictes pour nous montrer ce que nous devons faire. Avec l’expérience nous devenons plus confiants. Nous distinguons des cas où les règles strictes doivent être changées pour s’adapter aux situations particulières.
En me fondant sur ma propre expérience de parent, je peux vous assurer que vous vous sentirez plus sûr de vous en élevant votre second ou troisième enfant qu’en élevant le premier. Une des raisons pour lesquelles nous éprouvons plus de confiance en nous à propos du deuxième ou du troisième tient à ce que le premier nous a appris certaines choses. Avec ce premier enfant, nous gagnons un peu et nous perdons un peu. Nous commettons des erreurs et nous avons aussi des moments d’inspiration. Apparemment, il semble que nous commettions un peu plus d’erreurs avec le premier qu’avec les suivants. Lorsque vous comprendrez que vous avez réagi maladroitement avec votre enfant, c’est alors que vous aurez conscience d’appartenir vraiment au club des « gaffeurs » que nous appelons parents. Bienvenue parmi les membres du club !
Cela me mène naturellement à la seconde catégorie de mères qui lira ce livre. Elles ont un enfant de moins de cinq ans mais aussi un ou plusieurs enfants plus âgés.
Plusieurs passages de ce livre leur feront dire : « J’aurais souhaité lire ce livre il y a quelques années ! Je vois maintenant toutes les sottises que j’ai commises quand Sophie ne marchait pas encore. J’ai fait telle ou telle chose, maintenant je vois que cela n’était pas la meilleure solution. » Alors il se peut qu’elles commencent à se sentir coupables et à se faire des reproches.
J’espère que vous n’en êtes pas là. Aucun parent ne mérite d’être blâmé. Nous essayons tous d’élever nos enfants de notre mieux. Si l’on considère que la plupart d’entre nous n’ont absolument aucun apprentissage du métier, nous faisons, à mon avis, un travail tout à fait remarquable ! Etant donné notre manque d’entraînement pour cette fonction, c’est merveille que nos rejetons s’en tirent comme ils le font. Aussi j’espère que vous serez indulgent pour vous même, surtout à propos des erreurs que vous pensez avoir commises avec votre aîné.
Pour ma part, mon expérience, souvent durement acquise, me permet de vous dire que vous pouvez être docteur en psychologie et commettre encore bien des erreurs en élevant votre premier enfant. Heureusement pour la suite de votre expérience, vous en commettrez beaucoup moins avec le second et ainsi de suite.
Mes expériences personnelles me font penser à l’histoire de ce psychologue qui, au début de sa carrière, avait six théories et pas d’enfant, et se retrouve à la fin avec six enfants et plus aucune théorie ! Puisque je n’ai que trois enfants, vous déduirez facile ment qu’il doit me rester trois théories. Certains parents me disent qu’à leur cinquième ou sixième enfant, ils sont moins inquiets des fautes qu’ils peuvent commettre. Je pense personnellement que toute mère de quatre enfants ou plus mérite qu’on lui décerne automatiquement la croix du mérite social, et si les quatre enfants sont des garçons on devrait la décorer du mérite social avec la Légion d’honneur en prime !
Le sentiment de culpabilité ne favorise pas un bon exercice du métier de parent. Nous devons tous considérer que nous faisons de notre mieux en la matière. Le fait même que vous preniez le temps de lire ce livre sur la façon d’élever votre enfant montre que vous vous souciez vraiment de lui. Sinon, vous ne le feriez pas.