Pour avoir des enfants psychologiquement sains et pourvus d’un robuste concept de soi, il faut que les parents les laissent exprimer leurs sentiments. La réalité est malheureusement bien différente, la plupart des parents n’y autorisent pas leurs enfants.
Prenons un exemple parmi des centaines. J’ai surpris un jour cette conversation dans un jardin public : c’était une maman avec ses deux enfants, un garçon d’environ six ans et une fille de quatre. Le garçon, qui semblait très en colère contre sa soeur. disait : « Je te déteste, Susie. » Pensez vous que la mère ait dit : « Tommy, explique nous ce que tu ressens, dis à ta soeur ce qui se passe. » Non pas. Elle lui dit en fait : « Allons Tom, tu as une gentille petite soeur : tu ne la détestes pas, tu l’aimes. » Or, c’est un mensonge. et le petit garçon le sait bien. La mère est en train de le détourner de ses sentiments. Naturellement il n’est pas question qu’elle puisse vraiment transformer la colère qu’il ressent contre sa sour. Tout ce qu’elle peut réussir à faire est de lui apprendre une attitude de mensonge vis à vis de ce qu’il éprouve, elle peut lui apprendre à « ensevelir ses pulsions », si bien qu’elles se manifesteront ensuite de manière sournoise : ainsi il battra sa soeur quand sa mère ne le verra pas.
On pourrait citer des centaines d’autres exemples. illustrant la façon dont les parents empêchent généralement les enfants de leur dire ce qu’ils ressentent.
C’est vrai pour tous les sentiments que nous considérons comme négatifs : colère. peur. timidité, peine ou inquiétude.
Les seuls dont nous n’essayons pas d’écarter nos enfants par nos paroles sont les sentiments « positifs » d’amour et d’affection. Je n’ai encore jamais vu une mère essayer d’empêcher un enfant de lui dire : « Maman, je t’aime ! »
Pourquoi cette attitude des parents ? Pourquoi ne permettons nous pas à nos enfants d’exprimer aussi leurs sentiments négatifs ? La raison en est fort simple. Sans doute lorsque nous étions nous mêmes des enfants ne pouvions nous pas non plus les extérioriser. Et ainsi, sans le vouloir, nous transmettons à nos enfants les mêmes inhibitions psychologiques.
Nous devons laisser toute liberté à nos enfants pour exprimer tous leurs sentiments, les mauvais comme les bons. C’est seulement quand un enfant peut libérer ses mauvais penchants et les chasser que les bons peuvent prendre place. Si nous ne le laissons pas éliminer la colère et l’hostilité, il n’y aura pas de place pour l’amour et l’affection.
Les sentiments réprimés favorisent une mauvaise santé mentale. En règle générale. les enfants s’extériorisent jusqu’au moment où nous leur demandons de cacher ce qu’ils éprouvent. C’est ainsi que deux enfants habitant le même immeuble peuvent très bien se battre un matin, et être les meilleurs amis du monde l’après midi. Au contraire, les parents de ces mêmes enfants peuvent rester fâchés pendant des mois.
Les adultes qui ont des problèmes psychologiques apprennent.
grâce à la psychothérapie. avant toute autre chose à exprimer normalement leurs sentiments. Mais si nous le leur apprenons dès leur plus jeune âge. normalement, ils jouiront. adultes, d’une bonne santé mentale.
Les jeunes enfants ne peuvent pas refouler seulement certains sentiments comme la colère et la peur. sans réprimer aussi les autres. Si nous leur apprenons. enfants, à refouler leurs colères et leur peur, nous finirons par leur apprendre inconsciemment à réprimer aussi leurs « bons » sentiments positifs d’amour et d’affection.
Il ne suffit pas aux enfants de pouvoir expliquer ce qui se passe en eux. Il faut aussi qu’ils sachent que leurs parents comprennent vraiment leur affectivité. Quand ils sont malheureux ou en colère, ou vexés, ils veulent qu’on les comprenne. Et comment montrer à votre enfant que vous comprenez ce qu’il ressent ?
Vous pouvez le faire superficiellement en lui disant simplement : Je sais ce que tu ressens. Mais c’est trop facile et trop vite dit, et cela risque de ne pas le convaincre, Il est un moyen bien plus sûr de faire savoir à votre enfant que vous le comprenez profondément. Ce moyen fut découvert dans les années 40 par un psychologue, le Dr Carl Rogers. C’est ce qu’il a appelé les sentiments réfléchis.