Prendre vraiment conscience du monde sensible constitue pour lui les bases essentielles de sa pensée. Outre les expériences sensorielles variées, nous devons fournir aux enfants toutes sortes de matériaux qu’ils puissent utiliser comme stimulants de leur pensée entre trois et six ans. Qu’ils aient donc du papier à volonté, des pastels, des crayons feutre et des peintures. Des ciseaux à bouts arrondis, des piles de vieux magazines, du carton de formes et dimensions variées, un tableau noir avec des craies blanches et de couleur, une boîte pleine de toutes sortes de morceaux de bois, de tissu et de papier pour faire des collages, de la colle, des cubes de bois de différentes grosseurs, des panoplies et costumes pour se déguiser, un électrophone ou un magnétophone, des disques à bon marché qu’ils pourront utiliser eux mêmes de bons disques que vous leur ferez entendre, des jeux de construction, de la pâte à modeler ou de l’argile, des livres. Que votre enfant dispose aussi d’un tableau métallique avec les lettres de l’alphabet et des numéros magnétiques. Sans les matériaux que je viens d’énumérer, votre enfant risquerait d’être handicapé dans son travail intellectuel comme un étudiant qui travaillerait sans livres.
Pensez à installer aussi un tableau d’affichage où vous pourrez épingler ses « oeuvres artistiques ». Avoir un endroit où il puisse exposer ce qu’il a fait lui donne la fierté de son travail et le récompense de ses efforts. Autre aspect important du premier développement intellectuel : donner à l’enfant l’occasion de faire le plus possible d’expériences personnelles et de « première main ».
Beaucoup de gens ne sont que de piètres penseurs parce qu’ils ont eu peu d’expériences directes. Ils ont l’esprit encombré des pensées des autres, et vide d’opinions personnelles. Si vous pensez que j’exagère, posez cette question autour de vous, posez vous la vous même : passez vous, ne serait ce qu’une demi heure par jour, à réfléchir tranquillement et à écouter la voix intérieure qui s’élève en vous ? Ou bien, est ce que toute votre journée se trouve accaparée par des voix extérieures, que ces voix soient celles des autres ou une émission de télévision, ou des mots sur une page imprimée ?
Dans sa remarquable « autobiographie », Lincoln Steffens, le célèbre journaliste, propose une méthode pour devenir un critique d’art original et judicieux. Ce qu’il propose va en fait très loin : il vous suggère de visiter un musée et de choisir les trois oeuvres d’art que vous préférez dans tout le musée. Retournez chaque semaine dans le même musée et choisissez à nouveau les trois oeuvres que vous préférez. Faites de même pendant six mois. Au bout des six mois vous ne choisirez certainement pas les trois mêmes oeuvres qu’au début de l’expérience. En effet, vous vous serez soumis entre temps à un cours de critique d’art. En vous forçant à choisir ces trois oeuvres d’art vous avez enrichi et fait évoluer votre goût. Au bout des six mois vous seriez capable de sélectionner les trois mêmes oeuvres qu’un critique authentique.
L’intérêt de cette méthode tient au fait que vous auriez choisi ces trois oeuvres grâce à votre appréciation personnelle, et non parce que quelqu’un d’autre vous aurait dit que c’étaient les plus belles.
Cette suggestion de M. Steffens est un modèle de ce que nous pouvons faire avec nos enfants. Donnons leur d’innombrables occasions d’expérimenter eux mêmes les choses, plutôt que par l’intermédiaire des yeux, des pensées et des sentiments d’autres personnes.
Que votre enfant n’ait pas seulement une expérience de première main, mais qu’elle soit encore aussi élargie que possible. La pensée est fonction de l’étendue de l’expérience, et ne peut s’étendre au delà. C’est pourquoi il faut vous assurer que son champ d’expérience est aussi étendu que possible.