En général. un enfant d’âge préscolaire réagit de deux façons à la naissance d’un petit frère ou d’une petite soeur. Il veut tout d’abord redevenir petit, faire le bébé. C’est un réflexe de défense que nous utilisons tous, de temps en temps, en face de situations éprouvantes. Nous avons alors un comportement infantile. Or la plupart des parents font exactement le contraire de ce qu’il faut faire quand l’enfant manifeste ce désir de revenir en arrière. Ils essaient de lui montrer les avantages d’être plus âgé, alors que l’enfant ne peut pas percevoir ces prétendus avantages. Tout ce qu’il peut voir, c’est qu’il a, lui, pris la peine d’apprendre à manger tout seul ou à ne plus faire pipi dans sa culotte, tout cela pour que ce petit marmot vienne maintenant retenir l’attention de tout ce monde qui le regarde quand maman lui donne le biberon ou change ses couches.
C’est comme si l’aîné se disait : « Hum ! peut être que si je recommençais à agir comme un bébé je pourrais obliger maman à me donner un peu de cet amour et de cette attention ! » C’est ainsi qu’il peut se remettre à se salir, à réclamer le biberon ou à exiger qu’on le prenne et qu’on le berce.
Et quelle est la réaction habituelle des parents devant cette tactique ? « Allons, tu es un grand garçon ; un grand garçon ne fait pas cela, cesse de faire le bébé ! » Et cette réaction des parents n’a d’autre effet que de le traumatiser davantage et lui faire désirer encore plus d’agir comme un bébé et d’être dorloté comme un bébé.
Que faire ? Laissez à votre aîné la possibilité de revenir en arrière s’il le désire. A la naissance de mon premier garçon, notre fille aînée avait six ans. Nous nous attendions à ce qu’elle veuille revenir à une attitude de bébé et elle ne manqua pas de le faire. Elle demanda un biberon, ce que nous lui donnâmes ; et pendant quatre ou cinq jours elle but son coca cola ou son jus d’orange dans un biberon. Ces quelques jours passés. elle l’abandonna spontanément. comme pour dire : « Bon, je n’ai plus besoin de faire tout cela. Je pense qu’après tout ce n’est vraiment pas si drôle d’être un bébe et de boire au biberon ! » Nous recommençâmes l’expérience avec mon fils aîné quand il eut six ans et que son frère vint au monde. Chaque fois l’aîné « régressa » pendant quelque temps puis abandonna la régression quand ce désir momentané d’infantilisme eut été satisfait.
Votre fils ou votre fille aînés éprouveront de la colère et de l’hostilité envers le nouveau né. Malheureusement, la plupart des parents essaient en lui parlant de l’écarter de ces sentiments : « Ne dis pas cela de ton petit frère, ça n’est pas gentil. Sois gentil avec lui, regarde comme il est mignon ! » Au lieu d’essayer de le détourner de ce qu’il éprouve, les parents devraient le laisser exprimer sa colère et sa jalousie pour le bébé. C’est un des cas où ils peuvent lui refléter ses sentiments : « Tu es en colère contre Jenny. tu crois que maman l’aime plus que toi. » Il peut même être utile d’exagérer un peu et de dire à l’aîné ce qu’on reproche au bébé (après tout, vous ne risquez pas de le vexer puisqu’il ne comprend pas encore ce que vous dites). Vous donnerez ainsi à votre aîné le sentiment qu’on peut sans risque dire ce qu’on n’aime pas chez le bébé.
Voici pour illustrer notre propos comment une maman décrit les réactions d’un garçon de dix sept mois à la naissance de sa petite soeur.
« Quand je rentrai à la maison avec Jenny. Mark me regarda d’abord comme si j’étais une étrangère. Il se mit à pleurer très fort quand son père prit Jenny dans la voiture pour l’emporter dans la maison. Il resta à l’écart pendant plusieurs heures. J’avais bien pensé voir Mark jaloux, mais je pensais que ce serait plus détourné, ou dirigé contre moi. Pas du tout ! A la première occasion il s’avança vers le bébé, le visage dur, et essaya de le battre. Il paraissait terriblement déterminé à écraser cette petite boule malfaisante et de toute évidence était en même temps affreusement malheureux de son geste et se mit à sangloter en disant : « Non, non ! » Tout en s’approchant... Tout rentra finalement dans l’ordre une semaine après mon retour. J’étais en train de langer Jenny et Mark me regardait. dans les bras de sa grand mère. Jenny gazouilla un petit bruit, que j’imitai en disant à Mark : « Il dit des bêtises ce bébé ! » Soudain Mark fit un large sourire et dit « Bêtises ! » Il venait sans doute de découvrir que j’étais de son côté, nous étions ensemble, tous les deux, à nous moquer du bébé. Il n’y eut ensuite pour ainsi dire plus aucun problème. »
Il faut signaler que la rivalité entre frères et soeurs se manifeste dans les deux sens, de l’aîné au plus jeune et vice versa. On ne peut pas l’empêcher. on peut seulement l’atténuer. Les parents se demandent toujours pourquoi leurs enfants se disputent et se battent tant entre eux, alors qu’ils savent souvent jouer très gentiment. sans bagarre. avec un petit voisin. La réponse est que le voisin ne leur fait pas de concurrence auprès de la même mère.
Chaque enfant souhaite à certains moments voir disparaître tous les autres enfants de la famille pour avoir maman et papa rien que pour lui. Que pouvez vous faire pour atténuer ces sentiments de jalousie entre vos enfants ? Essayez de passer tous les jours un moment seule avec chaque enfant. Faites lui savoir que c’est son instant à lui et qu’aucun autre enfant ne peut l’en priver. Vous dites que vous n’avez pas le temps ? La mère de John Wesley, fondateur du méthodisme, avait onze enfants, et elle trouvait le temps de le faire tous les jours pour chacun d’eux !
Un autre moyen d’atténuer la rivalité et les crises de jalousie en voyage ou en vacances consiste à emmener avec vous un ami de vos enfants. Vous serez sans doute surpris de constater combien cela diminue la tension et réduit les chamailleries et les accrochages entre frères et soeurs.