On a tendance de nos jours à restreindre l’enseignement de la lecture au cadre trop strict de six ans pour l’âge et de la onzième (cours préparatoire). Pourtant des expériences nombreuses ont montré que certains enfants ont la maturité suffisante pour apprendre à lire à l’âge de quatre ans, certains à cinq ans, certains à six ans et d’autres enfin pas avant sept ou huit ans.
Etant donné qu’il est possible d’apprendre aux enfants à lire avant le cours préparatoire, la question qui se pose est la suivante : doit on le faire ?
Depuis 1967, nous avons commencé l’enseignement de la lecture en dernière année de maternelle dans notre école de La Primera, en utilisant toujours le même matériel d’enseignement programmé mis au point par le Dr W.A. Sullivan de Palo Alto. La philosophie de notre enseignement à l’école maternelle de La Primera est qu’il ne faut pas pousser ni forcer les enfants. Nous croyons en ce que nous appelons l’éducation à la carte. Comme dans un self service, l’enfant est libre de choisir ou de laisser tout menu éducatif qui lui est offert. L’enseignement phonétique, les exercices de développement du langage et la lecture ne sont que des « plats » offerts parmi d’autres.
Treize enfants suivirent la classe de douzième (dernière année de maternelle) à La Primera en 1967. Tous sauf un apprirent à lire avant la fin de l’année. Il n’était pas impératif qu’un enfant le fasse cette année là.
Quinze enfants suivirent cette même classe en 1968, et tous savaient lire à la fin de l’année sauf deux. Par « savaient lire », j’entends qu’ils pouvaient au moins accomplir des exercices de lecture du premier degré. Certains pouvaient faire ceux du
troisième degré.
L’an dernier nous avons formé une classe expérimentale de lecture pour les quatre ans. Nous avions spécifié à tous les parents que cette classe était véritablement une « expérience ». Il y avait quatorze élèves. Deux d’entre eux apprirent à lire, l’un atteignant le premier degré, l’autre, très doué, le cinquième degré. Le minimum atteint par les douze autres consistait à pouvoir faire quelques exercices d’approche de la lecture et à posséder une initiation phonétique.
Cette année, mon plus jeune fils, Dusty, est dans cette classe expérimentale. Sincèrement nous ne savons pas s’il saura lire à la fin de l’année ou pas, mais nous savons qu’il adore cette classe et déteste manquer l’école s’il est malade. Je sais aussi qu’il m’a dit l’autre jour au restaurant : « Papa, saucisse commence pas un S. »
Je crois que le fait d’offrir d’apprendre à lire à des enfants de quatre et cinq ans présente des avantages certains, à la fois sur le plan intellectuel et affectif.
D’abord, quand un enfant apprend à lire à cet âge là, cela donne une formidable impulsion à son indépendance, sa confiance en soi et son sens de l’autodiscipline. Il peut lire toutes sortes de signaux, de directives et de messages de notre culture.
Une illustration plaisante nous en fut donnée par mon fils Randy quand il eut appris à lire en fin de maternelle, il y a maintenant six ans. Nous étions en train de faire des courses quand il ressentit un besoin naturel pressant. C’est alors qu’il déclara fièrement en montrant la pancarte au dessus de la porte : « C’est écrit Messieurs" et je peux y aller tout seul »
Deuxièmement, la lecture ouvre à un enfant de nombreuses « portes » intellectuelles, lui donne le libre accès à grand nombre de connaissances et de plaisirs qui lui étaient interdits auparavant.
Troisièmement, si vous soumettez un enfant à l’apprentissage de la lecture à quatre ans, puis à cinq ans, avant son entrée en onzième à six ans, vous le libérez en fait d’une contrainte ! Comment ? Eh bien, personne n’exige d’un enfant de quatre ans qu’il apprenne à lire ni d’un enfant de cinq ans, mais dans notre système de culture, quand un enfant atteint l’âge magique de six ans, notre société entend et exige qu’il apprenne à lire cette année là. S’il n’y parvient pas, il a conscience de l’échec. N’est ce pas cela, la contrainte ? S’il est néfaste de faire pression sur un enfant à quatre ou à cinq ans, comment serait ce tout à coup bénéfique à six ans ?
Quatrièmement, les enfants de quatre et cinq ans trouvent les exercices phonétiques amusants. Ils aiment répéter, jouer avec les sons de la langue.
la fascination exercée par le langage, les mots et les sons sur les enfants de quatre ans. A cet âge on prend plaisir aux exercices oraux et à la répétition. Mais les mêmes matériaux phonétiques qu’ils accueillent avec enthousiasme à quatre ans peuvent leur sembler fastidieux à six ans.