était très utile il y a vingt cinq ans, a pris de nos jours une signification absolue et exagérée, et empêche souvent de voir la réalité clairement. Les propos du Dr James Hymes, qui fait pourtant autorité en matière d’enseignement préscolaire, illustrent bien ce fait. Le Dr Hymes a écrit beaucoup d’excellents livres et articles sur l’éducation pendant les premières années et je recommande vivement ses livres. J’ai pu l’approcher, c’est un homme de grande valeur. Pourtant, je ne peux être d’accord avec lui quand il dit :
« Nous portons en nous un emploi du temps. Notre rythme personnel de croissance... On n’a pas pu empêcher l’enfant de ramper... pas à un mois mais quand il a eu l’âge de ramper. On n’a pas pu l’empêcher de grimper des escaliers.., pas à six mois mais quand il a eu l’âge de grimper. On n’a pas pu l’empêcher de parler, non pas à dix mois mais quand il a eu l’âge de babiller. Il en est de même pour la lecture. »
Cette citation typique de l’opinion de bien des gens en matière d’enseignement pendant les jeunes années suppose que d’être prêt à ramper, à marcher, à parler ou à lire provenaient de la même sorte d’aptitude mystérieuse chez l’enfant. Ce point de vue laisse délibérément de côté l’influence du milieu sur le développement de l’aptitude à assimiler ces diverses techniques.
La vérité scientifique est qu’on peut retarder la reptation d’un enfant. Rappelez vous les expériences du Dr Dennis dans les orphelinats de Téhéran que j’ai citées au chapitre 2 sur le premier âge. L’orphelinat sinistre et abrutissant retardait la reptation et la marche de ces enfants. Si nous n’offrons pas à un enfant la possibilité d’apprendre une technique nouvelle, comme faire de la peinture au doigt, ou faire du tricycle, ou lire, cela ne manquera pas pour le moins de retarder chez lui l’acquisition de cette nouvelle technique.
Mais n’allons pas dire que la raison pour laquelle il n’assimile pas cette technique est qu’il n’a pas encore développé son « aptitude naturelle » à cette technique. Admettons ensemble que peut être il n’a pas appris cette technique parce que nous n’avons pas essayé de la lui enseigner !
En matière d’éducation précoce, beaucoup de gens disent : « Rien ne presse ! Pourquoi apprendre à lire à un enfant de quatre ou, cinq ans alors qu’il n’y est pas « prêt » ? Pourquoi le priver de son enfance ? » Je voudrais faire remarquer que cet argument est une arme à deux tranchants : supposons que quelqu’un dise (mais personne n’a encore osé le faire) : « Pourquoi apprendre à lire à un enfant de six ans ? Rien ne presse ! Peut être n’est il pas encore « prêt ».
Nous allons donc lui faire faire autre chose au cours préparatoire, mais nous n’allons pas lui apprendre à lire. » Est ce que vous accepteriez cela ? Pas moi, et je pense que bien des gens ne l’accepteraient pas non plus. Mais l’argument à double tranchant, celui de l’enfant « prêt à apprendre », est le même à six ou sept ans qu’à cinq : « Rien ne presse ! » Je déduis de diverses données scientifiques qu’apprendre à lire à un enfant de quatre ou cinq ans présente des avantages non seulement sur le plan intellectuel, mais encore sur le plan affectif. Apprendre à lire est un encouragement puissant pour le concept de soi de l’enfant. Cela renforce ses sentiments de satisfaction et de confiance. Cette technique nouvellement acquise lui permet de lire des livres, des affiches, de comprendre les explications et les modes d’emploi, et d’appréhender le monde comme il n’avait encore jamais pu le faire.