S’il nous arrive de dire : « Ça, c’est malin ! » ou bien : « Comment peux tu être aussi idiot ! » ou bien : « Tu n’es donc bon à rien ! », chaque fois, nous portons atteinte au concept de soi de notre enfant.
Les menaces affaiblissent le concept de soi. Nous disons : « Si tu recommences encore une fois, gare à toi ! » ou bien : « Si tu bats encore ton frère, maman te donnera une fessée dont tu te souviendras longtemps ». Chaque fois que nous menaçons un enfant, nous lui apprenons à être « mal dans sa peau » et nous lui apprenons à nous craindre et à nous détester.
Les menaces ont sur l’enfant un mauvais effet psychologique. Ce qui ne veut pas dire que fixer des limites précises soit mauvais. Les mamans se méprennent souvent sur cette notion de menace et pensent qu’il ne faut jamais dire « non » à un enfant.
Bien au contraire. Quand un enfant passe les bornes et que vous devez imposer une limite, même si c’est au moyen d’une fessée, faites le. Mais ne dites pas d’avance à votre enfant ce que vous lui ferez s’il n’est pas sage. Les menaces engagent l’avenir, alors que les enfants vivent dans le présent. C’est pourquoi les menaces sont sans effet s’il s’agit d’améliorer la conduite future d’un enfant.
Le cas le plus invraisemblable de « corruption » d’enfant que je connaisse personnellement est celui d’un père qui promit à son fils de quinze ans de lui payer une Porsche à sa sortie du lycée s’il se maintenait à 13 sur 20 de moyenne. Quel peut être l’effet d’une telle promesse ? Elle déplace les motivations profondes de l’enfant de l’intérieur vers l’extérieur. Au lieu que l’enfant veuille apprendre pour sa satisfaction personnelle et pour l’enrichissement du concept de soi que lui procurent de nouvelles connaissances, il n’apprend plus désormais que pour obtenir une récompense purement extérieure.
Si vous vous trouvez dans un magasin ou un supermarché où les mères sont venues faire des courses avec leurs jeunes enfants, vous entendrez les unes offrir, et les autres accepter les promesses de récompense les plus variées, qui ne sont que de vrais « pots de vin ». L’enfant fait enrager sa mère en prenant des paquets et des boîtes et en mettant du désordre dans les rayons. De guerre lasse, elle lui promet « Si tu es sage et ne touches à rien, je t’achèterai un jouet. » Si la mère veut lui apprendre à faire chanter les autres, à commencer par elle même, cette promesse constitue la bonne méthode. Mais ce ne sera d’aucun profit pour l’édification d’un bon concept de soi chez l’enfant, ni pour en faire un individu auto discipliné qui respecte les droits d’autrui.
Regardons ensemble la scène suivante. Le petit Bernard a fait quelque chose de mal. Maman s’emporte et lui dit : « Promets moi que tu ne recommenceras jamais ! » Bernard, malin, promet. Une demi heure après il a déjà récidivé. Maman est vivement contrariée et, contenant à peine sa fureur, accuse : « Bernard, pourtant tu m’avais promis ! », sans savoir que les promesses n’ont aucun sens pour les enfants. La promesse, comme sa soeur la menace, engage le futur. Mais les jeunes enfants vivent dans le présent. S’il s’agit d’un enfant très sensible, cette promesse qu’on lui arrache lui apprendra seulement à se sentir coupable s’il ne la tient pas. Ou bien, s’il n’est pas très sensible, elle lui apprendra à être cynique et à remplacer un vrai changement dans son attitude par de vaines paroles.
Une attitude trop protectrice sape son concept de soi. Quand une mère se montre trop protectrice, elle lui apprend ceci : « Tu ne peux pas faire grand chose par toi même. Il faut que je sois sans cesse à ton côté pour prendre soin de toi. » La plupart des parents semblent faire bien trop peu confiance à l’enfant. Votre devise devrait être : ne jamais faire pour un enfant ce qu’il peut faire lui même.
De trop longs discours signifient, pour un enfant : « Tu n’es pas capable de bien comprendre, alors il vaut mieux que tu écoutes ce que j’ai à te dire.« Les deux remarques suivantes faites par des jeunes illustrent bien leur réaction en face des adultes qui parlent trop. Un gamin de cinq ans demanda un jour à son père : « Papa, pourquoi est ce que tu me donnes toujours une si longue réponse quand je te pose une toute petite question ? »
Un autre enfant du même âge fut surpris en train de menacer un camarade à la maternelle en lui disant : « Je vais te battre, je vais te couper en morceaux ! Je vais t’expliquer ! »
Supposons que votre mari vous dise : « Chérie, abandonne ce que tu es en train de faire et apporte moi une tasse de café, tout de suite ! » Je crois que vous auriez plutôt envie de lui lancer la tasse au visage. Eh bien, votre enfant éprouve le même sentiment quand vous lui demandez de cesser immédiatement ce qui l’absorbe pour faire ce que vous lui demandez.
Donnons au moins à nos enfants le temps de réagir. Vous pouvez dire : Pierre, dans dix minutes à peu près il faudra que tu viennes à table. Accordons leur même le loisir de maugréer un peu avant de nous obéir : « Alors Maman il faut que je m’arrête de jouer tout de suite ? » L’obéissance immédiate peut correspondre au concept de soi chez un pantin ou un citoyen d’un pays totalitaire, mais ne saurait figurer dans notre répertoire pédagogique si nous voulons former des individus libres et auto disciplinés.
Dorloter un enfant et céder à toutes ses demandes constitue ce que beaucoup de parents appellent : « gâter ». Au fond, céder trop facilement à un enfant signifie que les parents ont peur de lui dire « non », d’être fermes dans les limites qu’ils lui fixent, ce qui lui donne le sentiment que toutes les règles sont élastiques et qu’il suffit de pousser un peu pour qu’elles fléchissent. Cela peut marcher à l’intérieur de la cellule familiale, mais prépare à l’enfant un réveil pénible au contact du monde. Trop accorder à un enfant équivaut à étouffer ses chances de devenir en grandissant adroit, indépendant et auto discipliné.
Si lundi la maman, très détendue, laisse tout passer mais réprime sévèrement les mêmes fautes mardi, l’effet produit sur l’enfant est à peu près le même que si, pour l’automobiliste, les feux rouges voulaient dire un jour : passez et l’autre jour stop. un enfant a besoin d’une certaine uniformité et d’un minimum de certitude dans ce qu’on attend de lui.
Si vous attendez d’un enfant de deux ans qu’il obéisse comme s’il en avait cinq, vous ne réussirez qu’à provoquer son malaise et sa haine contre vous. C’est lui demander une maturité de conduite dont il n’est pas capable, ce qui a un effet néfaste sur le développement de son concept de soi.
De telles méthodes forment un mauvais concept de soi. Une méthode de discipline qui inspire un sentiment de culpabilité est celle qui transmet à votre enfant des messages du genre : « C’est très mal, ce que tu as fait. Tu n’es pas gentil. Comment as tu pu faire cela à ta petite maman après tout ce qu’elle fait pour toi ? »
La prochaine fois que vous serez tentée de faire de la morale à un enfant de moins de six ans, pourquoi ne pas lui faire à la place un petit discours en espagnol ou en allemand ou même bredouiller quelque chose d’inintelligible ? Cela lui fera le même effet qu’un sermon moralisateur en français. Mais en tout cas, cela ne lui inspirera aucun sentiment de faute.
Chaque jour des dizaines de milliers de reproches sont prononcés par des parents contre de malheureux enfants. Si des magnétophones dissimulés un peu partout enregistraient exactement ce feu nourri de reproches, les mères seraient étonnées d’entendre ensuite ce qu’elles disent chaque jour à leurs enfants. Les bandes enregistrées restitueraient les petits sermons moralisateurs, les cris, les gronderies, les remarques humiliantes et les injures.
Un phénomène intéressant se manifeste chez l’enfant soumis à ce tir de barrage verbal. Ses oreilles se ferment. Il a recours à la seule défense dont il dispose contre ce flot de paroles. Comme il ne peut naturellement « couper le son » complètement, il enregistre tout de même, et fort bien, les brèches ouvertes dans son concept de soi.
La réprobation verbale influe très peu sur le comportement de l’enfant. Tout ce qu’elle peut faire, c’est de saper son concept de soi.
Voici une scène classique : une maman dit à son enfant : « Ne grimpe pas sur la chaise. » L’enfant continue à grimper. « Richard, je t’ai dit de ne pas grimper sur la chaise. » L’enfant, sans faire attention à sa mère, continue de grimper. « Richard, tu m’entends ? Je t’ai dit à l’instant de ne pas grimper sur cette chaise ! » L’enfant ne fait toujours pas attention à ce que dit la maman qui n’essaie plus maintenant d’empêcher Richard de grimper. Elle ne fait ainsi que lui apprendre à ne pas tenir compte de ses ordres et de ses commandements. Pour éviter ce genre d’enseignement négatif, ne demandez rien, n’ordonnez rien que vous ne soyez décidé à faire exécuter.