Il faut que nous soyons réalistes. Si votre petit garçon de deux ans s’est précipité à plusieurs reprises dans la rue, vous n’avez pas d’autre solution que de le punir. Administrez lui une tape sur les fesses afin qu’il apprenne à ne plus se conduire aussi dangereusement. Vous devez lui imposer votre jugement jusqu’à ce qu’il soit assez réfléchi lui même pour diriger la situation. Mais nous pouvons dans l’ensemble enseigner ce que nous voulons à nos enfants sans avoir recours aux punitions.
Pourquoi les éviter ? Parce que leur seul vrai effet est de supprimer temporairement une réaction. Le comportement sanctionné n’est pas pour autant affaibli en permanence ; lorsque l’effet répressif s’atténuera comme cela se produira inévitablement le comportement redevien1ra ce qu’il était.
Ainsi un psychologue a dressé un rat blanc à appuyer sur un levier dans sa cage pour avoir à manger. Le levier est relié à un fil électrique de telle sorte qu’à chaque fois que le rat appuie, il ressent une légère décharge. Le rat se retire sous cet effet et cesse d’appuyer sur le levier. Mais il reviendra probablement appuyer quand il aura faim. Ce comportement a été supprimé temporairement mais pas définitivement. Si la punition n’est pas répétée, le rat recommencera à appuyer sur le levier comme si rien ne s’était passé.
D’êtres raisons doivent nous inciter à ne punir un enfant que le plus rarement possible. Que vous éduquiez un animal ou un enfant, à chaque fois que vous le punissez vous lui apprenez à vous détester et à vous craindre. Nous ne devons apprendre à l’enfant ni la haine ni la crainte sauf en cas de nécessité absolue pour le protéger contre lui même. Chaque fois qu’un maître punit un débutant, il devient un « stimulus d’aversion » tout comme une décharge électrique. Le débutant essaiera d’éviter à l’avenir à la fois le maître et ce qu’il enseigne.
J’ai soigné un jour un physicien qui avait choisi cette carrière et obtenu son diplôme tardivement. D’une manière inattendue, il avait évité les cours de sciences quand il était à l’université. Ce ne fut que des années plus tard, quand je le soignai, qu’il comprit la raison de son attitude. Son premier contact avec les sciences remontait à une classe où il avait eu un professeur dont il gardait encore un souvenir très vif ainsi que des petites expériences qu’il avait faites avec des cloches de verre et du courant électrique. Il se souvenait particulièrement de son professeur et de son visage mince, sinistre, aux lèvres pincées, et de ses manières mesquines et moqueuses avec les enfants. Cette maîtresse les humiliait et tournait en ridicule ceux qui ne réussissaient pas bien. Elle symbolisait les « sciences » pour mon patient. Il avait appris à les fur pendant des années tant cette femme demeurait pour lui un « stimulus d’aversion ».