L’industrie du jouet profite largement des perfectionnements de la technique et trouve auprès des parents qu’elle séduit ses consommateurs les plus fidèles.
Le train électrique, la poupée qui marche et qui mouille ses couches, la voiture téléguidée charment en premier lieu les parents qui cherchent en les achetant à retrouver, à travers leur mentalité de grande personne, les joies perdues de leur enfance.
La poupée très mécanisée excite de prime abord la curiosité.
Les garçons désirent savoir comment tout cela fonctionne, et semblent passablement familiarisés avec les transistors, vis, disques et divers autres appareillages communs à tous les jouets porteurs de mécanismes perfectionnés. Ils désirent donner là libre cours à leur goût pour le bricolage, et les tentatives pour « ouvrir le ventre » et observer ce qui se passe à l’intérieur sont courantes, même chez les petites filles. Toutefois, on constate que les enfants se lassent rapidement de la poupée qui parle. « C’est toujours la même chose », disent ils. Et quand le mécanisme se détraque, ils n’en jouent que mieux.
Certes, la machine à laver avec circuit d’eau, la fusée, la voiture téléguidée ont d’emblée toutes les séductions de jouets merveilleux et procurent aux enfants un enchantement de quelques heures, parfois de quelques jours. Toutefois, la fragilité de leurs mécanismes ne permet ni les manipulations brusques ni les explorations audacieuses susceptibles de satisfaire la curiosité naturelle et nécessaire des enfants ; curiosité qu’il est d’ailleurs bon d’encourager, car elle porte en elle les germes de l’esprit scientifique.
Aux premiers accrocs de la mécanique, l’enfant se sent déçu et frustré. Il se croit coupable d’avoir détérioré le jouet dont il n’a, par ailleurs, pas pu élucider les mystères.
Selon le psychologue wallon, « dès qu’une activité devient utilitaire et se subordonne, comme moyen, à un but, elle perd le caractère et le charme du jeu ». En d’autres termes, lorsque l’on manipule un objet non pas pour le seul plaisir de la manipulation, mais pour en obtenir tel ou tel effet, il ne s’agit plus à proprement parler d’un jeu, car le plaisir que l’on y trouve n’est pas lié à la manipulation elle même, mais à ses effets. Et c’est exactement ce qui se passe avec ces jouets trop mécanisés qui assujettissent l’action au lieu de la servir.
Leur complexité les amène à être abandonnés rapidement et remplacés par la voiture en bois, la poupée en chiffons, le camion sans prétention dont les structures plus simples permettent un plus grand investissement affectif, et des jeux qui font davantage appel à l’imaginaire.