Beaucoup de parents commencent à habituer l’enfant en calculant dans leur infinie sagesse d’adultes qu’il est l’heure d’asseoir le bambin sur le pot et de voir s’il peut provoquer un mouvement intestinal. Ce procédé paraît tellement logique à beaucoup de parents qu’ils ne peuvent en percevoir l’absurdité foncière. Peut être la saisirez vous mieux si je vous pose la question suivante, supposez qu’en ce moment, au milieu de votre lecture, un géant de trois mètres de haut vienne tout à coup vous soulever, vous emmène aux toilettes et vous dépose sur le siège en vous annonçant d’une voix forte et impérative : « C’est l’heure d’aller à la selle. » Supposez qu’alors il vous oblige à rester assis là pendant cinq ou dix minutes. Quelle serait votre réaction ? La même que celle de votre enfant dans des conditions analogues. Comparaison ridicule, dites vous ? Réfléchissez, et voyez si beaucoup de parents ne méprisent pas les besoins biologiques de leurs enfants en agissant à la façon de ce géant de trois mètres.
Il y a déjà longtemps, dans un classique de la puériculture. Les bébés sont des êtres humains, le Dr Anderson Aldrich et sa femme Mary Aldrich décrivaient une méthode beaucoup plus satisfaisante pour entraîner un enfant à contrôler son intestin :
« L’entraînement auquel nous le soumettons laisse de côté une des aptitudes les plus fondamentales du bébé, son processus physiologique de contrôle intestinal. Quand nous ne parvenons pas à synchroniser nos méthodes d’entraînement à de nouvelles habitudes avec ses efforts d’élimination tels qu’ils se produisent naturellement, nous laissons s’échapper notre plus grande chance. Le processus physiologique des mouvements intestinaux peut s’expliquer en peu de mots... Comme pour chaque autre activité vitale du corps, rien n’est laissé au hasard. Le bébé effectue un mouvement intestinal en se conformant à des règles bien définies, qui se manifestent automatiquement dans le côlon... A des intervalles de plusieurs heures, un événement physiologique assez spectaculaire qu’on appelle le mouvement des masses intestinales se produit. Tout le contenu du côlon au delà de sa partie ascendante se divise en plusieurs longues masses ressemblant à des saucisses, et qui avec une rapidité surprenante descendent dans le rectum. La pression ainsi exercée sur le rectum déclenche la contraction des muscles abdominaux et le relâchement de ceux qui ferment le rectum. A ce moment, et pas à n’importe quelle heure arbitrairement choisie par nous, un mouvement intestinal se produit chez tous les bébés à qui on permet d’utiliser sans entrave leur contrôle automatique. Le mouvement des masses intestinales paraît pénible, car le bébé s’agite à cause de ces mouvements internes, fait des efforts vigoureux, puis se soulage...
Il ne se passe pas longtemps avant que la question « d’éduquer » l’enfant ne vienne saboter tout ce beau mécanisme. On met bébé sur le pot, on attend qu’il aille à la selle. On le consulte rarement sur le choix de l’heure. Au contraire, on s’attend à ce qu’il s’exécute à une heure du jour qui semble la plus les autres problèmes qui ont surgi tout à coup.
L’enfant peut ne pas être aussi docile. Il peut être rebelle. Il a découvert tout à coup que faire agir ses intestins d’une certaine façon parait être l’action la plus importante qu’il puisse faire pour vous. S’il le fait comme vous le voulez. il est votre maître parce qu’il lui semble détenir le pouvoir de vous satisfaire. S’il ne va pas à la selle où et quand vous le désirez, il découvre alors qu’il peut vous mettre en colère. D’une manière comme d’une autre, il apprend qu’il peut agir sur vous. C’est le début des hostilités. Votre enfant s’est créé un schéma mental de rébellion qui s’étendra probablement à beaucoup d’autres aspects de sa vie et qui ne vous causera, à vous et à lui, que des ennuis. Toutes ces réactions néfastes peuvent être évitées. Il suffit de respecter le signal biologique particulier à votre enfant lui indiquant qu’il va avoir besoin d’aller à la selle.