Les petites figurines qui ont forme humaine et que l’on appelle poupées existent depuis des millénaires. Les hommes primitifs les connaissaient déjà et leur accordaient une signification magique, bénéfique ou maléfique. Les poupées ont une place de choix presque dans toutes les civilisations et l’on utilise pour les fabriquer toutes sortes de matériaux.
Les poupées funéraires égyptiennes, par exemple, sont faites d’argile, de bois ou de quelques pierres souvent incrustées de morceaux de verre coloré.
Aujourd’hui, les collectionneurs rassemblent des poupées de cire, de papier mâché, de chiffon, de biscuit ou de porcelaine. Le XXe siècle a vu naître le celluloïd qui a permis la fabrication des bébés baigneurs en quantités industrielles. Le plastique mou et le vinyle sont également des inventions de notre ère et permettent de confectionner des poupées souples douces au toucher, idéales pour les jeunes enfants.
Si de nos jours la poupée est pour quelques personnes un objet de collection, elle est surtout pour tous les enfants un jouet dont ils ne se lassent presque jamais. La figurine à forme humaine existait déjà depuis des millénaires, mais elle n’a été utilisée en tant que jouet qu’avec l’Antiquité gréco romaine. Ce fait illustre à quel point la poupée a été dès son origine chose sérieuse pour l’homme. Elle s’est ainsi toujours distinguée de tout ce que l’homme fabriquait pour la nécessité quotidienne. Avec la poupée, comme avec l’enfant, l’homme a le sentiment d’être créateur, de donner la vie. Devant une poupée, l’enfant retrouve ce besoin primitif de donner vie à l’objet et dans la mesure de ses possibilités de le créer ou de le transformer. Ainsi Victor Hugo, célèbre romancier français, disait : « De même que l’oiseau bâtit son nid avec n’importe quoi, les enfants font des poupées de tout. »
En l’absence de meilleurs matériaux, ils les découpent dans des catalogues, dans des journaux de mode, mais si fragiles que soient ces poupées, ils établissent avec elles des relations très personnelles qui peuvent même aller jusqu’à un attachement très profond.
L’expérience d’un collectionneur écossais de la fin du siècle dernier est, à cet égard, très significatif : désireux d’ajouter à sa collection les poupées des enfants pauvres, fabriquées avec les moyens du bord, il eut l’idée de proposer en échange à ces enfants de belles poupées, confectionnées à grande échelle, pour les enfants des classes favorisées. La plupart des enfants pauvres préférèrent garder la modeste poupée, à travers laquelle ils s’étaient exprimés et à laquelle ils s’étaient attachés.
Les poupées les plus simples, et surtout celles dont on a pu modifier l’aspect en changeant leur coiffure, en confectionnant leurs vêtements, en aménageant leur maison, sont celles que les enfants préfèrent. Les poupées trop parfaites, trop réalistes, suscitent certes à première vue l’admiration des enfants, mais l’expérience prouve qu’ils s’y attachent moins, car ils n’ont pas l’illusion de leur avoir donné la vie et de partager quelque chose d’essentiel avec elles.
Ce genre de poupées a fait une rentrée en force ces dernières années. Les enfants les aiment beaucoup, car elles se mettent n’importe comment ; ils peuvent les traîner facilement par les pieds, par les bras, sans les abîmer, et ils peuvents dormir avec sans risque de se blesser.
Elles ont un rôle très important. Elles apportent beaucoup à l’enfant. En effet, elles lui donnent non seulement quelques connaissances du pays d’où elles viennent, mais également le désir de connaître ce pays. Grâce à ces poupées, les enfants acceptent mieux leurs petits camarades étrangers.
Elles sont souvent jolies. Les enfants commencent par les aimer et les convoiter, mais les délaissent rapidement parce qu’ils ne peuvent pas jouer avec elles. En effet, il n’est pas possible de les déshabiller et de les rhabiller, et elles sont confectionnées à l’aide de tissus et de matériaux qui se prêtent mal à la manipulation. Il est dommage que ces poupées ne soient pas comme les autres : l’enfant pourrait profiter davantage de leur observation s’il lui était possible d’ôter facilement certains de leurs accessoires, d’en remettre d’autres, etc. Telles qu’elles sont vendues, ces poupées apportent sans doute des éléments culturels, mais ne répondent nullement aux besoins de l’enfant. Regarder et ne pas pouvoir manipuler, c’est presque une punition pour un enfant.
Ces poupées plaisent beaucoup aux petites filles de 6 ans et plus, et l’on pense qu’actuellement ce sont les poupées préférées d’une grande majorité de fillettes. Elles aiment les habiller de vêtements variés et modernes ; ceux ci sont d’ailleurs quelquefois vendus pièce par pièce.
Voici, par exemple, une panoplie de vêtements pour aller à la montagne : collants, pantalons, gros pull overs à col roulé, casquettes, lunettes, skis, etc. ; et voilà votre petite fille qui part à la montagne avec sa poupée, grâce au pouvoir magique du jeu.
La poupée mannequin est le reflet de la jeune fille idéale que la petite fille rêve de devenir. Et la poupée est mince et longue comme devrait l’être la jeune fille idéale des temps modernes. Si les petites filles apprécient tant ces poupées, c’est qu’elles leur permettent d’exprimer les premières manifestations de leur coquetterie féminine naissante. Adoptant par mimétisme les conventions qui règnent dans le monde des adultes, les petites filles adhèrent aux aspirations et aux contraintes de leurs modèles avec le même conformisme que leurs aînés.
Les tout petits, par contre, ne sont pas attirés par ces poupées filiformes, qu’ils appellent (les dames) et auxquelles ils ne peuvent pas s’identifier.