Il s’agit d’épisodes délirants transitoires survenant chez l’enfant après 3 ans, avec confusion mentale, désorientation dans le temps et dans l’espace, rêves éveillés traduisant des hallucinations auditives ou visuelles (animaux, par exemple), perturbation de l’humeur, soit euphorique, soit dépressive avec expression d’une angoisse, éprouvante. Ces troubles augmentent le soir et durant la nuit ; en outre, les troubles du sommeil sont de règle, accompagnés de céphalées et fréquemment d’une fièvre élevée.
Une hyperthermie simple peut par elle même déclencher chez beaucoup d’enfants des crises délirantes sans aucune gravité. Les infections cérébro méningées sont les chorées aiguës, les encéphalites virales, les méningites tuberculeuses. Associé aux infections générales (septicémie comme la typhthde, rhumatisme articulaire aigu, lièvres éruptives), le délire peut durer de quelques heures à quelques jours, mais il évolue toujours vers la guérison.
Les intoxications par l’aspirine, le camphre, l’atropine, la belladone s’accompagnent de délire aigu. Il faut noter ici l’importance pratique de la susceptibilité individuelle qui est imprévisible. Certains traumatismes crâniens sans fracture, des interventions chirurgicales, des états de choc, de même que les insolations, peuvent également produire des bouffées aiguës passagères.
Le pronostic des délires aigus de l’enfant est bon, et la guérison est de règle en ce qui concerne le délire lui-même.
Les problèmes soulevés par le diagnostic de psychose chez l’enfant sont fort importants, car ils constituent un domaine très controversé de la psychiatrie infantile, par l’imprécision du cadre. Ce diagnostic implique une très mauvaise évolution dans la mesure où le psychotique sera très mal intégré dans la société, et, le plus souvent, pas du tout car, par définition, il a perdu le contact avec l’entourage et les réalités de manière plus ou moins massive
Chez l’enfant, qui est un être en perpétuelle transformation, lié à son patrimoine génétique et au
contexte familial, le diagnostic revient à une sanction grave : la scolarité ne sera pas possible, la vie en famille sera difficile dans bien des cas, l’autonomie ne sera jamais obtenue. D’autre part, le diagnostic de psychose est porté cliniquement, non seulement sur un ensemble de symptômes et sur une longue période pour apprécier l’évolutivité, mais aussi et surtout sur une impression très particulière qui fait que, riche de son expérience, le psychiatre sent parfois mieux qu’il n’explique. Quoi qu’il en soit, les tests psychologiques, psychométriques et de personnalité aident à établir un diagnostic. La recherche systématique d’une affection neurologique (tumeur cérébrale, hématome sous dural) ou dysmétabolique (phénylcétonurie), d’antécédents familiaux psychiatriques, et ’établissement d’un arbre généalogique permettent la constitution d’un dossier qui, loin de « classer » le jeune malade, servira au contraire de base à la surveillance ultérieure.
Alors que, chez l’adulte, la personnalité structurée permet de différencier, plusieurs types de psychoses (psychose maniaco dépressive par dérèglement de l’humeur, psy
chose paranciiaque, psychose schizophrénique, psychose périodique, paraphrénie, psychose puerpérale et autres), on ne peut en pédiatrie disposer d’une telle classification ; il semble bien, d’une part que ces psychoses individualisées s’expriment plus tard (après 20 ans), d’autre part que les expériences délirantes chroniques de l’enfant, reposant sur le secteur culturel de cet âge, ont une allure et une expression tout à fait particulières.
C’est dire que le cadre des psychoses infantiles est très imprécis, d’autant qu’elles sont très mal situées par rapport à la schizophrénie, la psychose dissociative type de l’adulte ; si cette dernière a une origine probablement génétique, il est beaucoup plus difficile de l’affirmer chez l’enfant psychotique.
A cet âge, il faut distinguer 2 formes différentes :
Egalement appelées autisme infantile précoce, elles débutent très précocement, vers 3 ou 4 ans, et associent l’autisme, les troubles du langage et les stéréotypes.
L’autisme s’exprime par une allure très particulière qui pourrait en imposer pour celle d’un débile ou d’un sourd. En fait, ces enfants sont indifférents au monde qui les entoure. Leur regard est lointain, sans contact, sans communication ; ils ne réagissent pas au bruit, passent leur temps sans rien faire, ou bien à manipuler un objet plus ou moins longtemps pour l’abandonner ensuite, étrangers au rythme de vie du foyer. Les troubles du langage sont constants, allant du retard de langage au mutisme absolu définitif dans 20 % des cas. L’enfant a pu acquérir quelques mots, puis les perdre au début de la maladie. Dans le cas où le langage est conservé, il perd toute valeur de communication, les mots sont répétés, vires de sens.
Le mode d’expression même est discordant, la mimique ne suivant pas ce qui est exprimé, sourires immotivés, stéréotypies gestuelles, c’est à dire répétition inlassable du même geste durant de longues minutes voire des heures. Ainsi, l’enfant est il enfermé dans un monde impénétrable qui surprend et alerte les parents d’autant plus que les acquisitions antérieures sont progressivement perdues.
L’évolution de ces formes est mauvaise, ces enfants n’acquièrent jamais d’autonomie, ne peuvent être scolarisés, gardent des troubles de conduites sphinctériennes, et ne communiquent pas. Le traitement de ces cas est pratiquement inefficace au stade actuel des connaissances.
La psychose de déstructuration et la psychose de développement sont les 2 formes les mieux établies dans leur diagnostic et leur évolution. Mais certains cas sont plus discrets, l’enfant présentant habitudes et attitudes bizarres. Ces formes semblent mieux évoluer sous traitement et leur pronostic est meilleur, mais l’évolution à long terme est très incertaine, vers un état psychotique de l’adulte, schizophrénique ou autre, vers une névrose phobique ou obsessionnelle. Le meilleur des cas est un état marginal appelé « schizdidie » qui ne s’oppose pas à une bonne intégration sociale et professionnelle.
Il est très difficile dans la mesure ou l’étiologie même des psychoses nous est inconnue. On dispose des thérapeutiques médicamenteuses propres à vaincre l’angoisse, l’agitation psychomotrice, les hallucinations, et ayant une action sur le délire lui même. Ces médicaments antipsychotiques appelés neuroleptiques doivent être prescrits très longtemps, de manière suivie et sous surveillance. Parallèlement, il faut garder un contact psychothérapique avec l’enfant et les parents, pour éviter les problèmes familiaux secondaires à ces troubles et qui font que le petit psychotique n’est pas considéré avec l’équilibre affectif qui serait nécessaire de la part des parents déçus, anxieux, rapidement dépassés par d’énormes problèmes éducatifs. C’est pourquoi une structure hospitalière a été conçue pour accueillir, éduquer, soigner, ces enfants avec possibilité d’apprentissage professionnel. Leur nombre et leur organisation devraient encore se développer.