J’ai décrit le développement de votre bébé pendant la première année de sa vie et vous ai suggéré avec précision ce que vous pouviez faire pour lui permettre de se développer au maximum d’un point de vue affectif et intellectuel pendant cette période.
Avant de clore ce chapitre, je voudrais cependant attirer votre attention sur ce qu’il ne faut pas faire avec votre bébé à ce stade. Sous l’influence de voisines qui se proclament expertes en la matière (aussi bien intentionnées soient elles), beaucoup de mères mal informées commettent de graves erreurs, des actions inutiles, parfois néfastes. Voici quatre commandements pour cet âge :
Cela semble évident et pourtant vous seriez stupéfaits d’apprendre combien de mères ignorent le cri de leur enfant. L’un de mes anciens étudiants me fit une fois cette observation intéressante dans l’un de ses devoirs :
« Nos voisins avaient un bébé de moins de trois mois, dont la chambre donnait juste en face de notre cuisine. Tous les soirs, de six à sept heures environ, pendant que nous dînions, nous entendions pleurer le bébé presque sans arrêt. Cela dura pendant des mois, le
cris devenant plus forts au fur et à mesure que le bébé grandissait. La solution que les parents apportaient à ces cris consistait à s’enfermer à une distance assez grande pour ne pas les entendre. Ils nous expliquèrent que le bébé était très satisfait et que lui prêter attention risquerait de le gâter.
D’après les notions sur l’enfant que j’ai acquises dans ce cours de psychologie, il me semble que ce bébé était trop évidemment insatisfait et qu’il avait besoin qu’on s’occupe de lui. Je crois que le bébé était beaucoup trop jeune pour devenir un enfant gâté comme ils le craignaient. Il me semble qu’un sentiment terrible d’insécurité a pu naître de cette expérience, aussi bien qu’une méfiance fondamentale du monde en général. »
On est stupéfait que des parents soient assez aveugles aux besoins de leur enfant au point d’ignorer ses pleurs. Quel langage voulez vous qu’un bébé utilise quand il veut vous faire part de ses désirs et de ses besoins ! Son seul moyen d’expression ce sont les pleurs. Lorsqu’il le fait, il essaie toujours de vous dire quelque chose. Que se passe t il en lui si le monde persiste à ignorer ce qu’il essaie de dire ?
Un sentiment d’abandon complet et absolu, la rage et le désespoir : voilà ce qu’il ressent si l’on ignore ses efforts pour communiquer.
Supposons par exemple que votre machine à laver tombe en panne quelques minutes après que votre mari est rentré de son travail. La pièce est inondée rapidement et vous lui demandez de vous aider de toute urgence. Quelle réponse apporte t il à votre appel désespéré ? Rien, absolument rien. Il continue à plaisanter sur son travail. Vous êtes stupéfaite et réitérez votre appel de façon plus pressante en élevant le ton. Il ne répond pas davantage à ce que vous essayez de lui dire, vous voilà maintenant folle de rage. Non seulement vous êtes concernée par votre machine à laver et l’inondation de votre maison, mais vous avez un souci encore plus pressant : pourquoi ne pouvez vous plus communiquer avec votre mari ? Pourquoi ne prête t il pas attention à ce que vous essayez de lui dire. Quelque chose ne va peut être plus entre vous et c’est sans doute pour cela qu’il ignore ce que vous essayez de lui dire. Vous vous sentez complètement perdue et impuissante comme si vous jouiez quelque film ou spectacle télévisé étrange où l’héroïne devient folle parce que personne n’écoute ce qu’elle a à dire.
Cette analogie peut vous donner une idée de ce qu’un bébé peut ressentir quand on le laisse pleurer sans que ses parents lui répondent. C’est comme si le bébé criait au monde : « Occupez vous de moi ! J’ai quelque chose de très important à vous dire. Occupez vous de moi ! » Mais personne ne s’en soucie. Quand il lui aura été donné de vivre un certain nombre d’expériences de cette nature, croyez vous qu’il puisse vraiment cultiver un sentiment de confiance fondamentale dans le bon côté de la vie ? Difficilement. Il aura une conception pessimiste de l’existence, il se sentira frustré et amer. Il se peut aussi qu’il abandonne et qu’il adopte l’attitude du « à quoi bon » face à la vie. Sentant au plus profond de lui même que ses besoins ne seront jamais satisfaits, peut être décidera t il qu’il est inutile d’essayer, et deviendra t il ce type d’enfant (et plus tard d’adulte) qui manque d’agressivité et se révèle incapable de diriger sa vie.
Ou bien il appartient à ce type d’enfant qui n’abandonne pas, en dépit de tout. Au lieu d’accepter passivement la situation, il peut manifester le besoin (et avec amertume) de forcer le monde à lui prêter attention. Combien de fois ai je entendu des adultes dire d’un enfant plus âgé qui fait l’intéressant : « Oh ! il veut seulement se faire remarquer... » Certes, puisqu’il y a été contraint dès son plus jeune âge !
Une mère dit parfois, quand son bébé pleure : « Il vient de manger, il a été changé, par conséquent il n’est pas mouillé. Aucune épingle ne le pique, il n’a pas froid, il n’y a donc aucune raison pour qu’il pleure. » Elle ignore ses pleurs et vaque à ses occupations. Elle ne voit pas l’essentiel : il y a toujours une raison pour qu’un bébé pleure. Ce qu’elle devrait se dire c’est qu’elle ne sait pas pourquoi il pleure, car aucun bébé ne pleure sans raison. Il essaie toujours de vous dire quelque chose ; nous devons essayer de deviner ce qu’il désire.
Un bébé peut pleurer parce qu’il se sent seul. Les bébés peuvent avoir un sentiment de solitude tout comme les adultes. Lorsque nous nous sentons seuls, nous pouvons toujours inviter quelqu’un à venir prendre le café ou nous pouvons tout au moins décrocher le téléphone et parler. Tout ce qu’un bébé peut faire, c’est de pleurer. Quand il pleure, il peut vouloir dire : « Je me sens seul et je veux sentir un corps doux et chaud qui me tienne contre lui, j’ai besoin qu’on me calme et qu’on me chante quelque chose. Alors ça ira mieux. »
Mais le sentiment de solitude est seulement une des raisons pour lesquelles un bébé peut pleurer. Il nous arrivera de ne pas en trouver la cause. Nous serons parfois incapables d’apaiser son désarroi. Vous lui donnez à manger, vous le cajolez, vous lui chantez une chanson. Rien ne semble le soulager et la plupart du temps ces cris sont dus à des douleurs d’estomac ou à des coliques, puisque le système digestif du bébé n’est pas encore réglé. On peut quelquefois le soulager en lui massant doucement l’estomac ou en lui donnant à boire de l’eau tiède. D’autres fois, rien ne semblera pouvoir l’apaiser. La plupart du temps, cependant, si vous tenez votre bébé contre vous, cela lui permettra de se calmer même s’il souffre de coliques.
Il y a un autre type de pleurs que les mères ont besoin de connaître. C’est la crise de larmes qui signale que le bébé est fatigué et qu’il va dormir. La mère apprend très vite à la reconnaître et à savoir qu’il ne faut pas se faire de souci, car dans quelques minutes bébé sera profondément endormi. Il s’agit toujours de messages qui nous sont adressés. Le bien être psychologique de votre enfant sera très différemment affecté si vous ignorez ses larmes et le message qu’il essaie de vous faire parvenir ou si vous prêtez attention à ses cris en essayant de deviner ce qui le rend si malheureux.