Vous voulez que votre enfant devienne un adulte capable d’assumer son rôle entièrement seul, un être qui en un mot soit responsable et auto discipliné. Mais pour cela, de l’âge préscolaire jusque loin dans l’adolescence, votre enfant a besoin de la discipline imposée par les parents pour le guider jusqu’à l’autodiscipline.
J’ai défini la discipline essentiellement comme un enseignement donné par les parents et un apprentissage de la part des enfants. La discipline étant ainsi un processus d’enseignement, elle est soumise aux principes psychologiques qui gouvernent l’apprentissage chez les animaux comme chez les humains.
Certains de ces principes psychologiques s’appliquent également aux animaux et à l’homme. Il est donc judicieux que nous, parents, sachions lesquels ils sont et les utilisions intelligemment. Faute de quoi nous essuierons à la longue plus d’échecs, en essayant d’éduquer nos enfants, que les dresseurs d’animaux n’en subissent en essayant d’apprendre des tours à un dauphin.
Mais il existe d’autres principes psychologiques d’apprentissage qui s’appliquent spécifiquement aux êtres humains et les parents ont un intérêt particulier à les connaître. Autrement ils se retrouveront en train d’utiliser des méthodes qui sont condamnées à l’échec et n’amèneront que déception chez leurs enfants comme chez eux mêmes.
Si nous utilisons des méthodes d’enseignement dont l’expérience scientifique a montré l’efficacité, alors nous sommes en mesure d’apprendre à nos enfants depuis l’âge préscolaire jusqu’à l’adolescence à se discipliner eux mêmes sans qu’il soit nécessaire de leur imposer cette discipline de l’extérieur.
Et quel sera le résultat si nous apprenons à utiliser les méthodes valables et efficaces et à éviter les mauvaises ? Obtiendrons nous alors un « enfant modèle » ? J’espère que non. En tant que psychologue, je ne suis pas tellement attiré par « l’enfant modèle ». Un « enfant modèle » n’est ni heureux ni auto discipliné. C’est un enfant qui nous montre une façade. Par intimidation on l’a amené à un certain conformisme extérieur, mais un malaise affectif et émotionnel considérable subsiste en lui. Si nous obtenons un enfant d’âge préscolaire (de six ans) calme et respectueux à tout moment, qui ne se révolte jamais ni ne nous échappe jamais, heureux d’accomplir sans récriminer tout ce que les adultes lui demandent de faire, à qui rien ni personne n’inspire aucun sentiment négatif, qui ne manifeste aucun intérêt pour les choses du sexe, ne ment jamais, ne bat jamais son frère ni sa soeur ni ses camarades, qui est vertueux, altruiste, a des principes moraux, qui est consciencieux, propre, respecte le bien d’autrui, alors nous n’avons pas vraiment affaire à un enfant. Nous avons devant nous un être qu’on a amené par intimidation à être un adulte en réduction qui parade sous les traits d’un enfant.
Lorsque nous apprenons la discipline à nos enfants et les guidons vers notre but final d’autorégulation, n’oublions jamais qu’ils sont encore des enfants. Un des dessins humoristiques que je préfère représente une mère qui marche dans la rue, tirant par la main un petit garçon et lui disant : « Cela suffit, Jimmy tu te conduis comme un enfant ! » Bien sûr, il se conduit comme un enfant ! Et c’est bien son droit !
Nos méthodes de discipline doivent permettre à la qualité dynamique de l’enfance de se canaliser pour s’épanouir dans les normes sociales couramment reconnues. Mais ces méthodes ne doivent jamais éliminer cette qualité vitale et dynamique qui fait agir les enfants comme ils doivent le faire.