En tant que psychologue, j’avoue que je me demande pourquoi tant de pères restent loin de leurs bébés, d’un point de vue physique et émotif. Depuis plus de vingt ans, des mères viennent s’en plaindre auprès de moi. Elles me racontent : « Il dit que le bébé est si petit qu’il a peur de le lâcher. Il ne veut même pas le prendre. » Ou bien : « il me laisse m’occuper de tout ce qui concerne le bébé. » Ou : « Mon mari, lui donner à manger ou le changer, vous plaisantez, sans doute ? »
Ce qui est clair lorsque vous écoutez ces mères c’est que les pères semblent avoir peur des bébés. Ils réagissent en restant éloignés de tout contact étroit toutes les fois que c’est possible. Nous ne sommes pas bien sûrs d’en connaître les raisons. Tout ce dont nous sommes sûrs c’est que beaucoup de pères restent effectivement à l’écart de leurs jeunes bébés et que ce n’est pas bon pour ceux ci. En gardant ses distances avec son enfant, le père empêche vraiment que les liens étroits d’une chaude affection se nouent entre eux. Et cela donne un bien mauvais départ à la relation père fils.
Les relations avec le père se classent au second rang dans l’ordre d’importance de la vie d’un enfant, particulièrement jusqu’à cinq ans. (Je consacrerai une grande part des chapitres suivants à montrer l’importance des rapports père enfant.) Dès maintenant, j’insiste sur le fait que le rôle du père, comme celui de la mère, commence à la naissance. (Bien que, à la façon dont certains pères agissent, on pourrait croire que ce rôle ne commence que lorsque l’enfant a au moins deux ans !)
Je spécifie que je ne plaide pas pour que le père prenne la place de la mère en donnant le biberon au bébé ou en lui faisant faire son rot, en lui donnant son bain ou en le changeant. Ce ne serait pas sain psychologiquement pour la famille que le père rentre de son travail et qu’on attende de lui qu’il relaie la mère entièrement.
Ce que j’affirme c’est que les pères doivent apprendre à faire cela tout comme les mères. Personne, homme ou femme, ne sait en venant au monde comment tenir un bébé, par exemple. La plupart d’entre nous le font très maladroitement d’abord, jusqu’à ce que l’habitude vienne. Les cours de la Croix Rouge sont excellents pour apprendre à s’occuper d’un nouveau né, mais la meilleure occasion se présente avec votre bébé. Il est très difficile de se sentir proche d’un enfant que vous n’avez jamais tenu dans vos bras, jamais regardé baver et gazouiller dans son bain, avec qui vous n’avez jamais joué à cache cache.
Si votre mari ne s’intéresse pas à votre bébé, personne d’autre que vous ne peut le pousser à le faire. Pourquoi ne pas commencer par essayer de découvrir pourquoi il ne s’y intéresse pas ? Cherchez dans son propre milieu familial. Peut être que son père ne s’est guère intéressé à lui quand il était enfant, et qu’il répète le même processus, suivant ce mauvais exemple. Peut être se sent il beaucoup moins habile que vous avec ce bébé tout neuf, mais il ne veut pas avouer ce sentiment devant vous. Quelles que soient ses raisons, essayez de le faire parler. Usez de
tous vos artifices féminins pour éveiller son intérêt de père pour votre tout jeune bébé. Avec certains pères, il faudra faire des efforts assez éprouvants, mais cela en vaut la peine.
Les fondements de rapports faciles entre père et fils s’établissent dès la plus tendre enfance et ces années là ne reviendront plus jamais. Le père qui décrète qu’il est trop pris par son travail pour le moment mais qu’il pourra plus tard consacrer plus de temps à son enfant se leurre. Très vite, avant qu’il n’ait eu le temps de s’en rendre compte, le « bébé » ira à l’école. Puis l’écolier des classes primaires semblera tout à coup s’être transformé en adolescent, et à ce moment là l’enfant n’aura plus besoin de contact étroits avec son père. Ce sera alors trop tard. Parce que son père ne s’est pas intéressé à lui quand il était enfant, l’enfant se désintéresse de ce que son père veut maintenant lui dire. Le père est devenu un étranger pour son propre fils. Le fossé qui se creuse entre le père et l’adolescent dépend en grande partie des relations qu’ils ont eues dans les années précédant l’école. Et ces relations remontent souvent à la première enfance et à la façon dont les rapports se sont alors établis.