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 Problèmes de nourriture

Il est aussi un problème délicat pour beaucoup de mères : faire manger l’enfant. C’est en effet l’âge où les problèmes d’alimentation apparaissent. Or, sauf pour raison de santé sérieuse, il ne doit y avoir aucun problème. Et la seule cause psychologique est probablement que les parents ne sont pas de bons maîtres en la matière.

Voyons ensemble ce qui se produit souvent. Vers un an, un bébé se montre habituellement plus difficile et mange moins bien. Ne soyons pas surpris car s’il continuait à manger autant que pendant sa première année, on pourrait bientôt le montrer au cirque comme un phénomène. L’enfant manifeste seulement son individualité dans ses préférences alimentaires. De plus, comme pour les adultes, son appétit varie d’un jour à l’autre et d’une semaine à l’autre. Mais souvent une maman s’impatiente de voir son enfant manger trop peu. Contrariée et inquiète, la mère commence à vouloir le forcer à manger. « Pierre, finis tes carottes si tu veux être grand et fort. » Dès ces instant, on entre dans le cercle vicieux. Plus la mère insiste, plus l’enfant est capricieux et hostile. Moins il mange et plus la mère devient anxieuse, plus elle devient pressante et plus elle le gâte pour qu’il mange. En peu de temps la maman se trouve en face d’un problème là où rien n’existait peu de temps avant.

Tout cela est parfaitement inutile. Pourquoi ? Mais tout simplement parce que nous avons, nous les parents, un allié de taille : la faim naturelle de l’enfant. Si nous lui présentons des plats variés, équilibrés de façon raisonnable et que nous le laissons se débrouiller seul, il mangera assez de ce qui se trouve devant lui pour rester sain et fort. Mais il faut respecter sa propre individualité dans ses habitudes alimentaires. Laissez son goût changer de mois en mois et son appétit de jour en jour. S’il rejette brusquement un légume ou un fruit dont il raffolait la semaine dernière, qu’allez vous faire ? Donnez lui la liberté de le rejeter et n’essayez pas de le forcer ou de le cajoler pour qu’il le mange. Si vous offrez à votre enfant des repas complets, variés et bien équilibrés, et si vous le laissez manger selon ses besoins, vous n’aurez jamais aucun problème de nourriture.

L’âge des premiers pas est celui où votre enfant peut commencer à musarder pendant les repas. Cela vient en partie d’un appétit moins vif et aussi parce que des éléments beaucoup plus intéressants que la nourriture pure et simple entrent en jeu à l’heure des repas. Par autres éléments j’entends des activités aussi fascinantes que de transformer les plats en bouillie, taper avec la cuiller sur la table, ou jeter tout par terre. Ce comportement est parfois très irritant pour la mère. Mais il est important d’admettre que c’est une activité normale pour un petit enfant. Ce n’est pas un geste délibéré d’opposition ou de provocation vis à vis de sa mère. Comment réagir cependant ? Parfois faites lui absorber patiemment quelques bouchées entre de courtes périodes de jeu et de distraction. Parfois aussi, lorsque vous verrez qu’il ne s’intéresse pas à ce qu’il mange et qu’il veut jouer, dites vous qu’il en a assez. Descendez le ae sa chaise et enlevez les plats. S’il se met aussitôt à pleurer et à geindre, essayez encore une fois.

Nous en venons maintenant à ce point important : comment apprendre à un petit enfant à manger tout seul ? Je vous dirai simplement : donnez lui en l’occasion.

Si vous avez laissé votre bébé de six mois tenir tout seul son biscuit, vous l’avez préparé à apprendre à manger tout seul avec sa cuiller. Le bébé qu’on n’a jamais laissé manger seul avec ses doigts entre six mois et un an aura probablement du retard dans cet apprentissage.

Quand votre petit atteindra à peu près un an, il saisira probablement la cuiller, ou montrera par quelque signe qu’il est prêt à essayer de se nourrir tout seul. Laissez le essayer. Sans doute lui donnez vous à manger plus vite et mieux, mais résistez à cette tentation de continuer à le faire. Continuer à lui donner à manger ne l’aidera guère à faire grandir sa confiance en lui même et son initiative.

C’est au tout début des premiers pas, entre 12 et 16 mois, que la plupart des enfants désirent manger seuls, à la cuiller. Si vous ne leur en donnez pas la possibilité à cet âge ou un peu plus tard vers deux ans, essayer de manger tout seul n’aura plus rien d’excitant et l’enfant souhaitera alors que sa mère continue à le faire manger.

Un autre domaine qui apporte aux parents une somme de difficultés inutiles est l’apprentissage de la propreté. La plupart des livres du puériculture restent très vagues à ce propos. La mère qui tente de rendre propre son premier enfant est bien livrée à elle même. Un des points essentiels est de savoir quand habituer l’enfant à être propre. Nombre de mères ont hâte de se débarrasser du problème des couches. Comment les en blâmer ? C’est gênant et cela donne bien du travail. Le jour où l’enfant peut se libérer de ses couches et subvenir à ses propres besoins est bien accueilli. Mais il faut nous demander à quel stade de son développement nous pouvons raisonnablement espérer que l’enfant y parviendra.

Les enfants n’ont pas la maturité neurone musculaire suffisante pour contrôler les intestins et la vessie avant deux ans à peu près. Si vous essayez de les éduquer avant, ce sera soit un désastre d’un point de vue psychologique, soit une simple perte de temps et une contrainte inutile à la fois pour la mère et l’enfant. Abandonnez donc cette question jusqu’à l’âge de 2 ans. Nous en reparlerons dans le prochain chapitre lorsque nous aborderons ce stade de développement.

Vous allez peut être rencontrer une voisine qui se vantera avec fierté qu’elle a éduqué son petit Marc à quinze mois et sans aucune difficulté. Il est possible que vous soyez impressionnée par cette affirmation et que vous vous demandiez si vous ne devriez pas essayer de rendre votre enfant propre à quinze mois vous aussi. Ce que vous et elle ignorez, c’est que le petit Marc mouillera peut être son lit à quatre ou cinq ans et qu’il en sera peut être ainsi pendant des années. Asseyez vous, relaxez vous et résignez vous à ce petit souci que sont les couches pour quelque temps encore. Nous reviendrons sur ce sujet quand votre enfant aura atteint l’âge voulu.

J’aborde maintenant un point très délicat pour de nombreux parents : l’attitude de l’enfant vis à vis de son propre corps.

Supposons qu’on donne son bain à un bébé de douze ou quinze mois. Il explore son corps et ses appendices avec délice et fait toutes sortes de découvertes fascinantes. Il joue avec ses oreilles et tire sur les lobes. Maman commente : « Regardez la façon dont il joue avec ses oreilles. Cela prouve à quel point il est éveillé ! » Puis il découvre ses orteils et joue avec. Et maman de s’exclamer : « Oh ! il a une façon extraordinaire de jouer avec ses orteils. » Puis il découvre son pénis et commence à jouer. Croyez vous que la mère dira : « Oh ! il est formidable, il joue avec son pénis. » Sûrement pas. Elle fui donnera peut être une tape ou agira pour lui montrer qu’il fait mal. Je crains bien que de si tristes scènes ne se déroulent dans de trop nombreuses maisons.

Qu’est ce que la mère apprend à son enfant en réagissant ainsi ? Tout d’abord, le prétendu problème sexuel n’existe pas pour un petit enfant ; il existe seulement dans l’esprit de la mère. Pour l’enfant, son pénis n’est pas plus intéressant en soi que ses oreilles ou ses orteils. C’est nous les adultes qui le poussons à s’intéresser de façon malsaine à ses organes sexuels en en faisant grand cas, et en lui donnant ce sentiment que les organes sexuels sont une région taboue de son corps.

Quand une mère réagit comme je l’ai décrit plus haut, c’est comme si elle disait à son enfant : « Tu as de jolies oreilles et tu as bien raison de jouer avec ; tu as de jolis doigts et tu peux t’en servir, tes orteils sont jolis, amuse toi. Mais c’est mal et sale de jouer avec tes organes sexuels. C’est une partie de ton corps qui est laide.

On pourrait tout aussi bien inculquer à nos petits le même sentiment d’intérêt coupable pour leurs orteils que celui ressenti par la plupart des enfants pour leurs organes sexuels. Et comment ? Rien de plus facile. La première fois qu’un enfant touche ses orteils, on lui donne aussitôt une tape sur les mains en lui disant : « Vilain, veux tu ne pas toucher à cela » On veillerait aussi à ce qu’il garde ses orteils couverts en permanence. On lui dirait : « Mets vite tes chaussettes ! Tu veux donc que tout le monde voie tes pieds ? » En lui apprenant à nommer les parties de son corps, on laisserait délibérément de côté le mot « pieds ». Par tous les moyens on ferait des orteils une région taboue pour l’enfant.

Plus tard, quelles seraient les réactions et les sentiments d’un enfant ainsi influencé ? Déjà le classique jeu du « docteur » se jouerait de façon fort inhabituelle dans un quartier où les enfants auraient appris à considérer leurs pieds de la façon que j’ai décrite. Les gamins de six ans se diraient timidement à l’oreille : « Je vais te montrer mes pieds si tu me montres les tiens.

A l’âge adulte, ils fréquenteraient des boîtes de nuit et cabarets d’un type entièrement nouveau. Au lieu de seins nus, ce sont des pieds nus qu’on montrerait dans les revues. Ils paieraient pour voir des jeunes femmes évoluer sur une scène en retirant leurs bas lentement et voluptueusement pour dévoiler leurs pieds. Ridicule ? A coup sûr. Mais si les adultes ne se comportent pas ainsi habituellement c’est seulement parce que nous sommes beaucoup plus sages à l’égard de nos enfants quand ils explorent leurs pieds que quand ils explorent leurs organes sexuels.

Comment faire lorsqu’un enfant (de moins de deux ans) découvre ses organes sexuels ? Exactement comme lorsqu’il découvre une autre partie de lui même. Ainsi les organes sexuels ne deviendront pas des « endroits tabous » définitivement associés dans son esprit à la honte et au mal. Et nous aurons fait un grand pas pour aider notre enfant à garder vis à vis du sexe et de son corps une attitude saine en grandissant.

Il faut apprendre aux enfants le nom des organes sexuels et d’élimination tout comme pour les autres parties de leur corps. En général, notre culture laisse de côté le nom de ces organes. Les mères aiment apprendre à leur enfant comment on nomme les parties du corps et à jouer avec lui au jeu suivant : « Où est ton nez ? Met ton doigt sur ton nez ! Où est ton oreille ? Mets ton doigt sur ton oreille. » Mais leur arrive t il de continuer le jeu en disant : « Où est ton pénis ? Mets ton doigt sur ton pénis ? » C’est bien peu probable !

Spécialiste ou profane, chacun semble malheureusement éviter d’apprendre à l’enfant le nom de ses organes sexuels. C’est ainsi qu’un livre bien connu conseille vraiment d’apprendre à lire aux enfants dès le plus jeune âge en utilisant le vocabulaire « du corps » et suggère les mots : main, genou, pied, tête, nez, cheveux, lèvres, orteils, jambe, oeil, oreille, bras, dents, ventre, bouche, coude, pouce, doigt, langue et épaule.

Pas un seul mot concernant le sexe, dans tout cela. Et pourtant la liste contient des mots relativement difficiles pour un enfant, tels que orteil et épaule.

Il faut donc apprendre à votre enfant des mots tels que pénis, sein et rectum tout comme nous lui apprenons des mots comme orteil, doigt ou jambe. Si nous procédons ainsi, il aura acquis un sentiment positif et acceptera ces parties de son corps. Nous l’aiderons à éviter plus tard des inhibitions sexuelles.

Le stade de développement d’un enfant qui commence à marcher peut se résumer en une phrase : c’est l’âge de l’exploration. Votre enfant est un jeune chercheur, explorant sans cesse son univers, y compris son corps. Il a besoin de fortifier ses muscles longs et courts, il lui faut aussi la possibilité de dépenser l’immense énergie que la nature lui a donnée. Mais le principe essentiel d’où découle toute éducation est que dans toutes ses explorations votre enfant doit construire sa confiance en lui. Il faut qu’il apprenne à se fier à ses aptitudes croissantes à marcher, courir, grimper et sauter, à faire des constructions avec des cubes, à jouer avec des voitures et des camions, avec du sable, de la terre et de l’eau, avec des poupées et des animaux en peluche, à créer des rythmes et des sons, à jouer et à coopérer avec sa mère, à élaborer des mots et des structures de phrases à mesure que son langage se développe, à s’amuser avec des livres et à se faire lire des histoires par les grandes personnes.

Si on lui donne la possibilité de jouer et d’explorer librement dans un univers ainsi ouvert aux stimulations il pourra acquérir de la confiance en lui même. Ces sentiments formeront la se
coude lentille de l’optique de son concept de soi. Mais si, au contraire, sa route est barrée par un flot constant d’interdictions un sentiment de doute à l’égard de ses possibilités se développera en lui et ce sera la ruine de son esprit d’initiative et de son dynamisme à l’âge d’homme.

A l’âge de l’exploration, le don le plus précieux que vous puissiez faire à votre jeune marcheur est la liberté d’explorer. Ce qui exige de vous, en tant que mère, patience et abnégation. Vous sentirez l’irritation monter en vous lorsque votre maison, au soir d’une journée de jeux, aura l’air d’avoir été ravagée par un ouragan. Mais rappelez vous que ces belles maisons où on ne croirait jamais qu’il y a un enfant ne sauraient en aucun cas abriter et voir grandir des êtres qui éprouvent de la confiance et eux.

Avec un enfant entre un et deux ans, une maman peut au départ choisir entre deux perspectives : avoir une maison impeccable et élever un enfant plein de doutes et d’inhibitions ou bien avoir un intérieur régulièrement jonché d’objets variés et élever un enfant plein de confiance en lui. Si vous faites le second choix, vous lui assurerez les meilleures conditions pour aborder le stade suivant de son développement : celui de la « première adolescence ».

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