Tout d’abord, il doit être inoffensif, sans bords coupants ni peinture toxique. Il est solide et ne risque pas en se cassant de faire des morceaux coupants et dangereux. Il ne comporte pas de petites pièces avec lesquelles un enfant risquerait de s’étouffer.
Deuxième point : un bon jouet doit pouvoir durer longtemps. Un jouet dure plus ou moins longtemps suivant l’âge et la personnalité de l’enfant qui l’utilise. Mais en général, les jouets en fer blanc et en plastique sont ceux qui durent le moins : en bois et en métal solide ceux qui durent le plus. Il faut cependant savoir choisir entre les différents bois. Je pense ici à certains jouets d’importation en bois, coûteux, qui s’écaillent et se brisent à la deuxième ou troisième séance de jeux. Il faut bien sûr préférer les bois durs. Demandez à visiter une école maternelle bien équipée : vous y apprendrez à reconnaître les jouets qui durent. C’est là qu’ils sont vraiment soumis aux plus rudes traitements et doivent pourtant résister plusieurs années.
Troisièmement, si 90 pour cent du jeu viennent de l’enfant et 10 pour cent du jouet, c’est un bon jouet. Si 90 pour cent du jeu viennent du jouet et 10 pour cent de l’enfant, ce n’est pas un bon jouet.
Faites la différence entre un jouet presse bouton téléguidé et un jeu de cubes en bois. On donne à un petit garçon un chien qui fonctionne avec des piles. Il marche sur le plancher et remue la queue quand on presse le bouton : 90 pour cent du jeu se trouvent dans le jouet. Tout ce que le petit garçon peut en faire c’est d’appuyer sur le bouton. (Si ce n’est mettre le jouet à part et le détruire, ce qui coïncide généralement avec l’étape suivante.)
Avec un jeu de cubes en bois, la situation est tout à fait différente : 90 pour cent du jeu viennent alors de l’enfant. II ne s’agit pas d’un jouet destiné à un seul usage. Les possibilités qu’un enfant peut tirer d’un jeu de cubes sont presque illimitées.
Le troisième critère qui détermine un bon jouet est d’un tout autre ordre, et il est important que les parents s’en rendent compte. Plus l’enfant doit agir en face du jouet et moins celui ci travaille pour lui, plus l’enfant développe sa confiance en soi et sa créativité et plus il apprendra avec ce jouet. Moins l’enfant travaille et plus le jouet le fait pour lui, moins l’enfant cultive ses qualités et moins il apprend de ce jouet.
Quand vous aurez saisi ce principe, vous comprendrez pourquoi une boîte en carton assez grande pour qu’un enfant puisse y ramper est un jouet tellement parfait. La boîte est plus abstraite que spécifique, elle peut être une infinité de choses : un bateau, un igloo, un sous marin, un avion, un robot, elle stimule et enrichit le pouvoir d’invention de l’enfant. Il peut l’utiliser de façon originale selon son imagination. Il peut y découper des trous à des endroits appropriés. Il peut la colorier au crayon ou la peindre. Il est peu de jouets qui aient une telle valeur en tant que jeu qu’une grande boite en carton, et cependant, combien de parents pensent à aller au supermarché ou dans un magasin de meubles pour en rapporter une à la maison, et sans qu’il leur en coûte un centime ?
Quatrièmement, un bon jouet doit être amusant. Un jouet peut être éducatif, s’il n’est pas amusant, ce n’est pas un bon jouet. Il nous faut faire la distinction entre l’amusement immédiat et celui à long terme.
Il ne fait pas de doute qu’un jouet téléguidé où il suffit de presser un bouton apporte des joies immédiates à un jeune enfant. Il poussera le bouton et regardera avec ravissement la voiture ou l’animal tourner autour de la pièce ou faire son numéro quand on le déclenche.
Quelques heures de ce jeu cependant. et l’amusement aura cessé, l’attrait qu’avait ce jouet a disparu. Un jeu de cubes de bois peut au contraire amuser l’enfant jour après jour ; il a une action à long terme.
Cinquièmement, le jouet doit s’adapter à l’âge et au développement de l’enfant. C’est là que les parents doivent savoir ce qui convient à un enfant en général en fonction de son âge et du niveau de développement qui y correspond. Ce genre de renseignement se trouve dans Le jeune enfant dans la civilisation d’aujourd’hui de Gesell, et le livre complet des jeux d’enfants de Goldenson et Marthey. Mais une mère a besoin de savoir davantage : il faut qu’elle connaisse son propre enfant, ce qu’il aime et ce qu’il n’aime pas. Chaque mère doit se demander
Est ce que cela convient à son âge et à son développement ? Est ce que cela convient à une fille ou à un garçon ? Est ce que cela fait partie du genre de jeux qui l’intéressent ? Est ce que cela convient à sa taille ? Pourra t il le tenir lui même ou faudra t-il qu’on l’aide ? »
Quand vous choisissez des jouets, rappelez vous que, plus l’enfant est petit, plus le jouet devrait être gros pour s’adapter à un développement qui manque de sûreté. Par comparaison avec des enfants plus âgés, les jeunes enfants ont besoin de plus gros cubes. de plus gros crayons, de gros pinceaux, d’écrous et de vis massifs.
Les parents reculent parfois devant certains bons jouets qu’ils trouvent trop coûteux. Il faut énoncer clairement ce qu’on entend par jouet coûteux. Si vous achetez un camion en plastique de 5 FF à votre enfant, cela peut paraître bon marché à première vue. Mais si vingt minutes après l’enfant a réussi à le casser et qu’il ne peut plus jouer avec, cela coupe court à sa carrière de jouet bon marché.
Si une mère additionnait le prix de tous les jouets en plastique peu coûteux et fragiles qu’elle achète. au supermarché, elle serait surprise du montant total. Pour la même somme, elle pourrait acheter un certain nombre de jouets « chers mais solides, bien faits et propres à développer la puissance créatrice de l’enfant. Six jouets en plastique à 5 francs qui durent une semaine valent le même prix qu’un jouet en métal ou en bois qui peut durer des années.
Supposons par exemple que vous ayez 300 FF et seulement cela à dépenser pour votre enfant pendant une période de 3 ans. Je vous conseillerais alors d’acheter deux jouets : le portique et ses agrès et la pyramide à grimper à 150 FF chacun. Un jouet de 150 FF n’est pas un jouet bon marché. Mais si vous considérez toute la valeur de ces deux jouets qui dureront plusieurs années, alors ces jouets sont bon marché.
A peu près 40 pour cent des jouets achetés par les parents le sont à Noël. Si nous sommes honnêtes vis à vis de nous mêmes. nous savons que nous avons tendance à acheter trop de jouets pour cette occasion. Cela est vrai non seulement dans les familles aisées mais aussi pour tout l’éventail des salaires. Achetez les jouets que vous avez l’habitude d’acheter à vos enfants pour Noël. Je ne vous priverai pas ni vous, ni moi, ni personne du plaisir de le faire. Mais ne donnez pas tous ces jouets à votre enfant pour Noël. Gardez en la moitié et donnez les lui en plusieurs fois, dans les deux ou trois mois qui suivent Noël. (Souvent il aura encore beaucoup de jouets si vous tenez compte de ce qu’il recevra de ses grands parents et autres membres de la famille.) Il accordera beaucoup plus de valeur à ces jouets s’ils apparaissent l’un après l’autre que s’ils s’ajoutent à la surabondance de ceux qui se trouvent au pied de l’arbre de Noël.
N’oubliez pas que le « jouet » le plus important de la vie de votre enfant, le jouet » avec lequel il aime s’amuser plus qu’avec aucun autre, qui l’influencera plus puissamment que le reste, c’est ce jouet unique de chair et d’os que vous êtes ! Jouer avec vous a mille fois plus de valeur que de jouer avec n’importe quoi d’autre !
Des centaines de jouets merveilleux et brillants ne sont rien en comparaison des moments que vous passerez à jouer avec lui et qui le satisfont tellement sur le plan affectif.
Comme je l’ai dit au chapitre 5, le second jouet essentiel dans la vie de votre enfant se trouve dans votre living room. Il se branche, comporte un écran et peut recevoir les programmes de plusieurs chaînes ; on l’appelle poste de télévision.
Comme je l’ai déjà mentionné, je suis conscient de la pauvreté et de la médiocrité de beaucoup de programmes télévisés et je souhaite que la violence à la télévision soit réduite le plus possible. Cependant, malgré l’irritation qu’on éprouve devant les défauts de la télévision, il est important de ne pas mépriser les valeurs positives qu’un enfant peut récolter en la regardant. Elle est par exemple excellente pour améliorer le vocabulaire de l’enfant et stimuler le développement du langage. Des travaux de recherche ont démontré que le vocabulaire des enfants des classes de maternelle s’est beaucoup enrichi depuis l’introduction de la télévision dans les foyers américains. Il y a des aspects positifs qu’il ne faut pas sous estimer. Et si même ces émissions médiocres parviennent à stimuler le vocabulaire chez un jeune enfant et le développement du langage, quels résultats obtiendrait on avec de bons spectacles !
Même avec tous ses inconvénients, la télévision reste un merveilleux jouet éducatif et c’est une erreur que d’adopter une attitude complètement passive à son égard comme le font beaucoup de parents. Prenez le temps de regarder certaines émissions avec votre enfant et vous saurez quels programmes sont les meilleurs.
Votre présence sera une récompense ou un encouragement. Ce que vous faites d’une façon subtile, c’est que vous lui apprenez à savoir choisir.
N’allons pas jusqu’à lui donner l’impression que c’est un crime d’Etat de regarder une émission que vous considérez comme mauvaise. Avec un encouragement judicieux vous pouvez l’orienter dans certaines directions. La télévision a un trop grand pouvoir éducatif pour adopter l’attitude du laisser faire à son égard. Et quand une bonne émission se présente, écrivez une lettre de compliment à son auteur. Vous aiderez ainsi à maintenir de bons spectacles télévisés pour enfants.