J’ai dit qu’à ce stade du développement l’enfant aime beaucoup les rites. C’est donc le bon moment pour instituer un rite au coucher. Cela présente de nombreux avantages.
Malheureusement, il n’existe pas chez les jeunes enfants de « besoin naturel de se coucher ». Nous avons besoin de tout ce qui peut favoriser le coucher, et si un rite peut s’établir et se révéler utile, profitez en ! Il faut arriver pour cela à faire admettre à l’enfant que se coucher est une issue aussi inévitable que le coucher du soleil.
Je vous propose ici un rite fort simple : tout d’abord éviter les jeux d’action après le dîner, qui excitent l’enfant et rendent difficile le retour au calme. Vous pouvez commencer le rite du coucher par un bain. La plupart des mères ne voient dans le bain qu’une solution de propreté, mais un enfant de cet âge y voit la possibilité de jouer dans l’eau. Donnez lui souvent la possibilité de jouer dans l’eau et il sera propre par dessus le marché. Laissez le jouer dans la baignoire aussi longtemps qu’il voudra et vous dire lui même quand il est prêt à en sortir. (Si pour une raison quelconque vous êtes pressée un soir, essayez d’accélérer l’opération.) Donnez lui beaucoup de jouets dans la baignoire, cela le détendra et le calmera. Après le bain il pourra se coucher et manger au lit. Ainsi vous faites accepter le coucher en promettant la récompense de quelque chose à manger. Ce petit repas au lit peut vous fournir l’occasion d’une conversation affectueuse et spontanée. Par ce moyen aussi, le coucher sera plus facilement admis grâce à votre présence maternelle. Après le repas, vous pourrez lui lire une ou deux histoires.
Voici le moment où le père peut figurer dans la cérémonie rituelle. Certains pères n’aiment pas lire des histoires aux jeunes enfants. C’est bien dommage. N’insistez pas. cette histoire ne plaira pas à l’enfant s’il sent que son père ne la lit pas de bon cour. ’Certains pères rentrent trop tard de leur travail pour pouvoir lire une histoire à l’enfant qui est au lit. Si vous avez la chance d’avoir un mari qui aime le faire, il serait merveilleux que papa relaye maman pour donner la collation au lit ou « lire l’histoire ». Je l’ai fait moi même avec mes trois enfants et cela m’a apporté énormément de joie. En lisant des histoires à un enfant vous lui apprenez beaucoup. Vous lui montrez que vous l’aimez puisque vous lui donnez de votre temps. Vous lui apprenez que vous aimez les livres et vous lui apprenez du même coup à les aimer. Et vous découvrirez toutes les conversations qui surgiront spontanément de ce douillet moment de lecture.
Quand vous faites la lecture à un enfant, tenez le livre de telle sorte qu’il puisse voir les images. Elles sont d’une grande importance. Aidez le aussi à apprendre à « voir les détails » des images en lui posant des questions sur les personnes et les objets qui y figurent.
Cette habitude de lire des histoires à un enfant quand il est couché peut être poursuivie jusqu’à l’âge de sept ou huit ans, ou jusqu’à ce qu’il vous dise nettement qu’il ne veut plus qu’on le fasse. Certains parents cessent dès que l’enfant sait lire. C’est une erreur, car même quand il saura lire, il continuera à aimer encore pendant quelques années le contact et la chaleur de votre présence pendant cette heure de lecture.
Si vous aimez inventer des histoires, quelle merveille pour le rite du coucher ! L’enfant appréciera particulièrement les aventures d’un enfant imaginaire qui peut être lui même, à peine transposé. Si vous n’avez encore jamais raconté d’histoires à un enfant, c’est le bon moment pour vous y mettre. Votre public aimera vos histoires, quelles qu’elles soient. Mêlez y si possible des bruitages amusants, c’est le triomphe assuré. Faites l’expérience de ce truc simple bien connu des orateurs : élevez ou abaissez la voix de temps en temps, comme un acteur. Forte ou chuchotée, votre voix captivera à coup sûr votre auditoire. Demandez de temps en temps ce qui va arriver ensuite. Naturellement il vous le dira. Alors vous direz : « C’est cela ! Pierrot a retrouvé la poupée et il l’a ramenée chez lui ! »
Beaucoup d’enfants ont peur du noir à cet âge. Pourquoi combattre cette peur et forcer un enfant qui a peur à serrer les dents et à dormir dans une pièce sombre ? Rien ne vous empêche de laisser une petite lampe tamisée dans sa chambre pour dissiper sa frayeur.
L’équilibre psychologique de votre enfant vaut bien les quelques francs supplémentaires que vous coûtera cette lumière. Et n’allez pas craindre que votre enfant ait toujours besoin pour dormir d’une lumière dans sa chambre. En grandissant, il perdra ce besoin et dormira très bien dans le noir.
Il n’y a aucune raison non plus pour que votre enfant ne continue pas d’avoir droit à son biberon du soir, même à deux ans ou deux ans et demi. Beaucoup de voisines expertes en la matière vous en feront le reproche « Quoi ? Encore un biberon à deux ans ! » Oui, et alors ? Qu’y a t il d’anormal à cela ? S’il a encore besoin d’un objet pour se sécuriser, il n’y a aucune raison pour le lui faire abandonner maintenant. Mes trois enfants prenaient un biberon en se couchant, et n’en perdirent l’habitude qu’entre deux ans et trois ans et demi.
Il est réconfortant que ce rite du coucher soit un moment de plaisir pour l’enfant. Il faut qu’il soit impatient d’aller se coucher. Il ne doit pas considérer cet instant comme une brimade qui consisterait à l’exiler brutalement dans le noir pendant que le reste de la famille se distrait. Que la cérémonie rituelle du coucher soit non seulement un moment de plaisir pour l’enfant mais aussi pour le père et la mère.