Cela m’amène à insister sur le rôle du père. J’ai vu récemment une annonce publicitaire à l’occasion de la fête des pères, et qui disait : « A ton tour, mon vieux, de faire quelque chose pour papa. Il paye le dentiste, les vacances, la guitare électrique... C’est un chic papa, non ? Dis le lui donc avec un cadeau très spécial de chez X. » Du point de vue de X, c’était une bonne publicité, bien rédigée. mais ce qui m’a intéressé en tant que psychologue, c’est la conception du rôle de père qu’elle implique. Si on s’en tient à cette annonce, il semblerait se limiter à faire des cadeaux matériels à l’enfant : le dentiste, les vacances, la guitare électrique.
Nous ferions bien de garder à l’esprit cette parole d’Emerson : « Les cadeaux ne sont pas des dons, les cadeaux sont des excuses pour ce qu’on ne donne pas. Le seul don qui compte est un peu de soi même. » Voilà ce qu’un père doit donner : un peu de lui même, en passant du temps avec son enfant, en accomplissant ce qui leur fait plaisir à tous les deux. Si un père se résigne tristement à faire quelque chose avec son enfant par pure obligation familiale, sans y prendre aucun plaisir, l’enfant en aura conscience et ne tirera pas grand profit du temps qu’ils passeront ensemble.
C’est pourquoi il est impossible de préciser avec exactitude quelles activités un père doit avoir avec son enfant. Les pères ont des aspirations et des goûts très différents. Je suis sûr qu’un père aimera faire avec un enfant de deux ans des choses telles que lire des livres ou raconter des histoires, nager ou barboter dans l’eau, l’emmener au jardin public ou au parc d’attractions, ou tout simplement faire une promenade avec lui dans la rue. Au cours d’une promenade, l’enfant peut ramasser des cailloux, observer les fourmis dans l’herbe, entreprendre toutes les petites activités de recherche passionnantes à cet âge. Mais chaque père devra trouver sur place les activités auxquelles il aime se livrer avec son fils. S’il lit Geseil ou d’autres bons livres sur la psychologie de l’enfant (voir la liste des ouvrages recommandés en fin de volume), ces jeux en commun lui apporteront davantage. Il sera sensible aux étapes du développement affectif et intellectuel de l’enfant qu’il ne remarquerait pas s’il était complètement ignorant de sa psychologie.
J’ajouterai encore un mot avant de terminer ce chapitre. A l’âge de la première adolescence, l’aspect le plus marquant du développement est la qualité dynamique de la personnalité. Il faut que les parents acceptent cette qualité dynamique pour aider l’enfant à asseoir son individualité et se bâtir un robuste
concept de soi.
Il est curieux de voir que nous voulons tous que nos enfants deviennent en grandissant forts et dynamiques, alors que trop souvent les parents ne savent pas accepter ce même dynamisme quand ils ont deux ans. Un enfant de deux ans est tout dynamisme. Qui pourrait ne pas voir son opposition vigoureuse à la contrainte, sa joie de vivre naturelle, exubérante, sensuelle, ses exigences de satisfaction immédiate, son engagement total et enthousiaste au monde à mesure qu’il le découvre. Toutes les activités qui en font un être authentique se manifestent à partir de cet élan dynamique. Sans lui, il n’aurait pas appris à s’asseoir, à ramper, à marcher, à parler. Cette qualité dynamique est une grande source d’équilibre psychologique, ne la redoutez pas. Il ne faut pas qu’il la perde. Il faut au contraire entretenir cette force vitale et la considérer comme un atout au lieu d’un défaut dont il faudrait débarrasser votre enfant.
A ce stade de la première adolescence donnons à l’enfant trois choses : le respect de son dynamisme vital, des règles adaptées à ce dynamisme et notre souplesse d’adaptation. Ainsi nous l’aiderons à compléter le système optique de son concept de soi en ajoutant la lentille spéciale à cette étape.