Il est certain que la femme qui est très amoureuse de son conjoint pourra travailler longtemps parmi des hommes sans être sensible à leur présence et il en sera, en général, de même pour un mari très épris de son épouse. En revanche si l’homme ou la femme ont connu quelques déboires affectifs dans leur foyer et si, de ce fait, ils ont cessé d’aimer, la tentation va être très puissamment ressentie. Il faut bien reconnaître d’ailleurs que la cohabitation professionnelle représente une solution de facilité absolument inégalable pour ce qui est du recrutement amoureux. Dans les grandes villes surtout où la relation sociale est difficile à établir, les « collègues » de bureau constituent un groupe privilégié dans lequel l’homme ou la femme en manque d’amour pourront toujours tenter leur chance. Il va donc s’installer entre l’homme et la femme qui travaillent ensemble une relation affective dont la fréquence devient telle que les sociologues feraient bien de l’étudier un jour.
Kinsey, Dickinson, Ford, Beach et un grand nombre de sexologues américains qui ont passé une grande partie de leur vie à étudier le comportement sexuel des mammifères et des grands singes en cage ou en forêt auraient sans doute mieux fait d’étudier le comportement des couples irréguliers professionnels dont le nombre risque de devenir bientôt aussi élevé que celui des mariages légaux. Dans la majorité des cas la motivation de ces rapprochements est strictement sexuelle. Il s’agit, en général, d’un homme instable au tempérament généreux et d’une femme lassée de la monotonie conjugale qui trouvent dans une aventure un moyen facile de rompre l’ennui d’une journée de travail. Le transfert est d’ailleurs aussi facile à faire que séduisant : on ne va plus au bureau pour travailler, mais pour retrouver un être qui plait et dont on a envie.
Ce bonheur fait la fortune des hôtels accueillants qui ont la chance d’être situés proximité des grandes concentrations professionnelles, usines, grandes banques, administrations. Le plus souvent cette activité sexuelle para professionnelle n’altère pas l’équilibre de la vie conjugale. On pourrait même dire que dans une certaine mesure elle la sert car lorsque les deux partenaires d’une liaison travaillent ensemble et disposent encore pour se retrouver de la pause de midi, ils acceptent facilement de ne pas se retrouver le soir ou durant les jours de fête, ce qui rend l’adultère moins perturbant pour le couple légal. L’essentiel est que l’homme et la femme puissent continuer à assurer chacun de son côté leurs devoirs conjugaux.
Reste le cas de la liaison passionnelle qui trouve souvent son origine dans une activité professionnelle intimement partagée (le savant et l’assistante, le médecin et l’infirmière, le PDG et sa secrétaire). C’est le genre de liaison qui est funeste au couple légal mais qui nous ramène au caractère fatal de l’amour né d’une communion spirituelle véritable. On empêche rarement deux êtres qui partagent cette unité de se rejoindre.