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 Signification et but de la discipline

La discipline est un sujet particulièrement délicat de nos jours parce que beaucoup de mères sont déroutées par les opinions contradictoires qui sont émises à ce propos. Un livre conseille telle attitude, l’autre conseille l’inverse. Une voisine vous conseille une ligne de conduite, mais une autre ne jure que par le contraire. Les mères s’interrogent sans cesse : « Suis je trop sévère ? Suis je trop indulgente ? Ai je eu tort ce matin de donner une fessée à Patrick ? Je crois que j’ai eu raison mais je n’en suis pas sûre. »

Tout d’abord, qu’entendons nous exactement par le mot discipline ? C’est un mot aux sens multiples et aux implications variées.

Un dictionnaire le définit ainsi : « Instruire, éduquer ou entraîner et ; châtier, punir. » Comme synonymes il propose : « Entraîner, former, éduquer, instruire, exercer, régler, corriger, châtier et punir. » Si vous interrogiez un groupe de mères au hasard, la plupart d’entre elles y verraient sans doute ce qu’il faut faire pour qu’un enfant se conduise convenablement. Dans l’esprit de bien des gens, discipline est presque synonyme de punition, comme moyen d’obtenir qu’un enfant se tienne bien.

J’aimerais proposer une définition bien plus large : « Entraînement. » Le mot discipline contient le mot disciple. Quand vous disciplinez votre enfant vous l’entraînez vraiment à devenir votre disciple, à vous d’être son professeur.

Nous devons, nous les parents, nous poser la question : « Quel est le but vers lequel nous tendons dans l’entraînement auquel nous soumettons nos enfants ? » Si nous réfléchissons sérieusement à la question, la plupart d’entre nous répondront que notre but est de former un adulte qui a appris à se maîtriser, à faire ses propres choix et à régler sa conduite, à exercer sa liberté en individu responsable.

Des milliers d’expériences effectuées sur les animaux, des rats aux dauphins, ont apporté des indications sur la manière d’atteindre ce but avec nos enfants. Je demande aux mères qui me lisent de ne pas se choquer. Je n’ai pas dit qu’il n’y a pas de différence entre votre enfant et un dauphin ! Mais de même que les médecins ont beaucoup appris sur les remèdes et les vaccins en les utilisant d’abord sur des animaux inférieurs, nous avons beaucoup appris sur la façon de traiter les enfants en traitant expérimentalement des animaux inférieurs.

C’est ainsi qu’un psychologue désira un jour étudier sur des animaux l’efficacité de différentes méthodes d’éducation. Il fit passer à travers un labyrinthe deux groupes différents de rats, un à la fois, avec de la nourriture à l’autre bout. Il ’agissait d’utiliser deux méthodes différentes pour découvrir laquelle réussissait le mieux. On guida un des groupes sur le bon chemin jusqu’à la nourriture, chacun dans un petit chariot à rat, manipulé par le psychologue. Les rats du second groupe furent simplement placés dans le labyrinthe, là encore un à la fois, et on laissa chacun trouver son chemin, en se trompant et en tâtonnant vingt fois de suite. On les lâcha ensuite, deux par deux, en prenant un rat de chaque groupe. Le second groupe arriva largement en tête parce que les rats du premier groupe n’avaient pas eu à réfléchir sur la disposition des couloirs qu’on leur avait fait traverser dans le chariot.

Vous percevez le rapport entre cette expérience et la méthode pédagogique moderne de la « découverte ». Un enfant retient beaucoup mieux ce qu’il a lui même découvert que les notions toutes prêtes qui lui sont fournies par un professeur. Cette expérience est très révélatrice de la manière d’enseigner à un enfant à se contrôler lui même.

Si les mères et les pères avaient une expérience personnelle de dressage des animaux, ils ne commettraient probablement pas les fautes les plus courantes constatées dans l’éducation des enfants. Cela peut sembler un peu exagéré, aussi vais je vous donner un exemple.

Les mères et les pères, dans tous les Etats Unis, se donnent beaucoup de mal pour rendre leurs enfants insupportables. Ces parents bien intentionnés ne s’en rendent pas compte, bien entendu. Mais l’attention, l’approbation et l’affection qu’ils accordent aux enfants sont des encouragements puissants. Tout comportement d’un enfant qui entraîne attention et réaction chez ses parents, se trouve encouragé et fortifié.

Prenez la scène suivante observée dans un magasin. Un enfant demande quelque chose d’une voix calme. Sa mère ne répond pas. Elle est occupée à parler à une amie ou à un employé. La voix de l’enfant se fait plus forte, plus plaintive et plus pressante. La mère réagit enfin. Sans le vouloir, elle a appris à l’enfant que plus il élève la voix, plus il est désagréable, plus il insiste et plus il a de chance qu’on lui cède.

Inconsciemment, sa mère a suivi le chemin le plus direct pour apprendre à l’enfant à être détestable. C’est comme si elle se disait : « Je désire que Patrick apprenne à être détestable, à demander ce qu’il désire de la façon la plus irritante et la plus déplaisante. Chaque fois qu’il demande quelque chose gentiment et sans crier, je suis trop absorbée par mes activités de grande personne pour lui prêter attention. Je ne lui répondrai et ne lui accorderai mon attention que s’il fait « la comédie », boude, crie, ou fait une grosse colère. »

Un jour un garçon de huit ans, que je voyais pour des séances de psychothérapie, avait un noeud à son lacet de chaussure. Il me demanda de le lui défaire. Je lui dis : « Je suis certain que tu peux le défaire toi même, Richard.

A ces mots il ouvrit la porte donnant sur le salon d’attente et courut jusqu’à sa mère : « Maman, le docteur Dodson n’est pas gentil, il ne veut pas me dénouer mon lacet ! Défais le moi ! »

Au début sa mère lui résista suivant les conseils que je lui avais donnés auparavant, dans le but de lui apprendre à être indépendant.

« Non, Richard, tu peux bien défaire le noeud toi même.

Richard entra alors dans une violente colère. Il se roula sur le sol et se mit à donner des coups de pied en criant : « Je ne peux pas ! Je ne peux pas ! Défaites le ! »

Alors la mère céda brusquement : « Ça va, Richard, dit elle écoeurée, je vais te le défaire. »

Je décidai qu’il était temps d’intervenir : « Madame Goodwin, dis je, vous allez commettre une erreur en faisant ce que vous demande Richard. »

Elle s’arrêta, réfléchit pendant une minute, et dit : « Non, Richard, je ne déferai pas ton noeud, tu peux le faire toi même. »

Richard continua de hurler et de frapper du pied pendant quelques minutes. Puis, voyant que cette fois elle ne céderait pas, il se releva tout d’un coup et revint en courant dans la salle de consultation. Je le suivis et je fermai la porte derrière nous. Il resta assis dans un coin, me tournant le dos, pendant quelques minutes, silencieux et boudeur. Puis il se retourna, me fit un sourire malicieux et me dit : « Vous voulez jouer aux dames ? » Je lui répondis : « Volontiers. Si tu arrangeais ce lacet, après nous pourrions jouer. »

Cette façon de réagir au comportement infantile et très humain de Richard est un exemple de ce qu’il faut faire pour ne pas encourager de mauvaises habitudes. On utilise les mêmes méthodes dans le dressage des animaux. Mais l’aspect le plus important de l’entraînement à donner aux enfants demeure, bien sûr, l’encouragement1 positif.

Vous dites par exemple à un enfant de huit ans : « J’aimerais que tu me dises des mots à haute voix aussi vite que tu peux, l’un après l’autre. N’importe quels mots. Tous ceux qui te viendront à l’esprit, vas y ! »

Vous avez décidé à l’avance que chaque fois qu’il dirait le nom d’un animal vous diriez : « bien » et que vous ne diriez rien après les autres mots. Bien entendu, l’enfant ne sait rien de tout cela. Il commence à dire des mots. A chaque nom d’animal, quel qu’il soit, vous dites : « Bien ! » Faites le compte des réponses.

Faites cette expérience et vous vous apercevrez que le nombre de « noms d’animaux » augmentera peu à peu. Notez ce fait intéressant : l’enfant ne sera même pas conscient de ce qui se passe, mais il dira de plus en plus de noms d’animaux. Pourquoi ? Parce qu’à chaque fois vous l’encouragez de votre attention et de cette épithète louangeuse.

Pour vous amuser, vous pouvez essayer avec les adultes. La prochaine fois que vous discuterez avec une autre personne ou dans un groupe, décidez d’encourager un certain sujet. Celui ci importe peu : les enfants, les vêtements, la politique, le jardinage... Choisissez en un, et chaque fois que le sujet revient dans la conversation, appuyez le en manifestant une attention accrue. Dites : « c’est intéressant » ou « je ne m’en étais jamais rendu compte » ou « dites m’en davantage ». Si votre interlocuteur aborde un autre thème, gardez le silence. Vous verrez que vous obtiendrez les mêmes résultats avec des adultes qu’avec des enfants de huit ans.

En fait, nous encourageons presque toujours chez les autres certains comportements.

Songez aux enfants du monde entier, élevés dans des cultures différentes, avec des langues différentes. A six mois environ, un enfant commence à gazouiller. Et ces gazouillements se ressemblent beaucoup que l’enfant soit anglais, russe, chinois, arabe ou swahili. Mais quand ces enfants auront deux ans, certains parleront anglais, d’autres russe, d’autres japonais, d’autres swahili, d’autres arabe, etc. Comment est ce possible ? Aucun enfant ne naît avec des gènes qui lui permettent lorsqu’il grandit de parler un langage particulier. Les enfants du monde entier apprennent à parler leurs langues distinctives grâce à des principes d’apprentissage psychologiques bien établis.

Tout d’abord, les enfants imitent les sons qu’ils entendent autour d’eux, qu’ils soient anglais, russes, chinois, etc. De surcroît, les parents de ces enfants encouragent certains sons émis par le bébé selon qu’ils sont anglais, russes, chinois ou arabes. Ainsi, un bébé couché dans son berceau, qui gazouille, tout heureux, prononcera tôt ou tard un son comme ma... ma... ma.., ma... car c’est un des sons les plus faciles à maîtriser pour ses jeunes cordes vocales. Que se passe t il d’ordinaire quand il émet ces gazouillements : ma... ma... ma... ma... ? Si sa mère l’entend, il est probable qu’elle sautera de joie, cajolera le bébé et s’écriera : « Il a dit Mama ! Il me connaît. Mon bébé me connaît ! » En d’autres termes, par son attention et son amour, elle encourage vivement la combinaison particulière des sons qui signifient pour elle « Maman ».

Et suivant ce principe bien connu de l’encouragement, le bébé prononcera de plus en plus souvent cette combinaison particulière.

Les encouragements des parents jouent un rôle déterminant pour influencer le comportement des bébés et des enfants. Il faut que vous sachiez quel type de comportement vous êtes en train de favoriser.

Bien que de prime abord cette théorie ait pu vous paraître au début quelque peu tirée par les cheveux, vous pouvez maintenant comprendre l’importance de ces expériences de « renforcement » sur des animaux.

Examinons neuf leçons importantes que la science nous a enseignées.

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