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 Un sain exutoire

Les adultes s’accordent des exutoires inoffensifs à leurs sentiments d’hostilité et de violence : le sport . et le spectacle, par exemple. Ils regardent les matches de football et de hockey sur glace, hurlant : « Tuez l’arbitre ! », lisent des romans noirs et voient le spectacle de la violence au cinéma et à la télévision.

Les enfants ont besoin de ces exutoires artificiels autant que les adultes. Laissez votre enfant jouer avec des petits soldats et des pistolets s’il en a envie. Cela ne lui fera pas de mal. Si vous lui défendez tout soldat et tout pistolet, vous créerez dans son esprit une zone taboue. Ces jeux prendront alors un attrait fascinant et il s’y livrera hors de votre présence.

Abordons maintenant le problème de la violence dans les moyens d’information. Supposons que vous suiviez généralement les conseils d’éducation donnés par ce livre. Vous faites donc ce qu’il faut pour satisfaire les besoins psychologiques essentiels de votre enfant.

Il a donc peu de raison de se sentir frustré et par conséquent de nourrir au fond de lui même des sentiments d’hostilité et de violence. Vous lui apportez à la maison un environnement intéressant et stimulant, de telle sorte qu’il ait toutes possibilités de jouer à l’intérieur et au dehors, de lire, de se livrer à des activités artistiques et de faire une foule de choses intéressantes et instructives en plus de la télévision. Il ne reste pas « collé devant le poste » pendant quatre ou cinq heures par jour. Vous limitez raisonnablement le temps qu’il y passe chaque jour. Vous le récompensez ou l’encouragez s’il ne regarde que les bonnes émissions enfantines. Si vous agissez de la sorte, ne vous inquiétez pas s’il voit des émissions où l’on décrit la violence.

Une opinion erronée qu’il faut dénoncer ici (et qu’on trouve étalée dans les journaux qui traitent des enfants et de la violence à la télévision) est que les enfants apprennent la violence en la voyant représentée à la télévision. Il n’y a aucune preuve scientifique à l’appui de cela. Les enfants deviennent violents quand leurs parents la leur apprennent en agissant comme je l’ai signalé dans ce chapitre.

Si vous évitez ces erreurs, vous n’aurez pas grand chose à craindre du petit écran.

Les parents réagissent parfois comme si la violence à la télévision était une nouveauté, et que les enfants n’avaient jamais dans l’histoire de l’humanité pu voir le spectacle de la violence. C’est une erreur évidente. La Bible est pleine de crimes, de même que l’oeuvre de Shakespeare, que les contes de fées dans lesquels les ogres et les monstres existaient des siècles avant qu’on ne les voie dans les programmes pour enfants à la télévision.

Il existe souvent un très grand « écart de génération » entre un adulte qui est très impressionné par la violence et un enfant qui ne l’est pas. Les enfants sont souvent friands d’histoires terrifiantes parce que c’est pour eux une façon de dominer leurs sentiments intimes d’hostilité et de violence. Telle histoire que les critiques condamnent à cause de sa violence plaira aux enfants parce qu’elles correspond à leurs besoins profonds et les aide à se libérer de leur univers subconscient de violence et d’hostilité.

Votre enfant lui même sait très bien faire la différence entre la violence représentée sur un écran de télévision ou de cinéma, et la violence effective quand il frappe un autre enfant, se montre cruel avec un animal, ou commet des déprédations.

J’avais un jour en psychothérapie un garçon de quatre ans qui se mit en colère contre moi. Avant que j’aie pu l’en empêcher, il me frappa du poing et dit : « Je te déteste, idiot ! » Je lui dis fermement : « Tom, tu peux me dire que tu es fou de rage, me traiter d’idiot, et de tous les noms que tu voudras, mais je ne te laisserai pas me battre. » Un peu plus tard, pendant la même séance, il se mit à jouer à la guerre avec des petits soldats dans le bac à sable, faisant bombarder et écraser l’ennemi par ses troupes. Si je ne lui avais pas imposé de limites sévères quand il m’avait frappé, je l’aurais encouragé à commettre des actions violentes. En lui permettant d’extérioriser par le jeu ses sentiments de violence, je lui apportais un soulagement, sans l’encourager à être violent.

Je lui donnais une chance d’en finir avec ses sentiments violents, afin qu’ensuite des sentiments chaleureux et positifs puissent se développer. Vous pourrez mettre en pratique les mêmes principes avec votre enfant. Imposez des limites strictes, mais laissez lui un exutoire qui soit conforme à nos habitudes sociales.

Je suis d’accord par ailleurs pour qu’on réduise le taux général de violence et de sadisme à la télévision et au cinéma. Mais l’excès de sadisme et de violence n’est pas la seule chose critiquable à la télévision. Les programmes n’ont aucune valeur éducative, ne se renouvellent jamais et encouragent l’appât du gain et la vénalité. Cet heureux candidat gagne un réfrigérateur, une magnifique Buick et une semaine de vacances tous frais payés aux Bahamas ! Quand on pense aux immenses possibilités culturelles et éducatives qu’offre la télévision tant pour les enfants que pour les adultes, et qu’on voit le peu de parti qu’on en tire, c’est à vous faire frissonner. Etant donné ce qu’est la télévision de nos jours, nous devons faire preuve de bon sens et de discernement quand nos enfants la regardent.

II ne faut pas céder à la tentation de faire de la télévision la cause de toute la violence que nous constatons de nos jours. N’oublions pas que la violence dans le monde se trouve même dans des régions où l’on n’a seulement jamais vu un poste de télévision ! Trop d’articles dans les magazines ont inutilement alarmé les mères et leur ont inspiré des tentatives exagérées et ridicules pour protéger leurs enfants de tout ce qui ressemble même de très loin à de la violence à la télévision.

J’ai attendu jusqu’à maintenant pour révéler la mesure antiviolence la plus efficace qui soit : elle se nomme l’amour.

N’oublions jamais que les adultes hostiles et violents sont des personnes qui ont été privées de véritable affection pendant leur enfance. Les adultes qui tuent et blessent sont des gens malades et complexés, remplis de haine parce qu’ils ont été privés d’amour.

La meilleure vaccination contre le virus de la violence que nous puissions donner à nos enfants est notre amour et notre affection de parents. Au lieu de passer le plus clair de notre temps à essayer d’empêcher ce virus qui nous environne d’infecter nos enfants, nous devrions le consacrer à établir avec eux des relations saines, des relations d’amour. Il ne suffit pas d’éviter de leur apprendre le sadisme : il nous faut aussi leur apprendre les valeurs positives d’affection, de chaleur, de compassion, et le désir sincère d’aider les autres et de les estimer. Nous devons renforcer et encourager l’idéalisme de leur jeunesse, leur montrer les horreurs et les drames de la guerre, enrôler nos enfants et nos adolescents dans ce que le psychologue William James appelait le contrepoids moral de la guerre ». c’est à dire un assaut vigoureux contre les problèmes permanents de l’humanité : la pauvreté, la pollution de l’environnement, la haine raciale et la guerre. Nous devons leur apprendre à aimer autrui comme eux mêmes.

Le terrain sur lequel un amour sincère de l’humanité peut se développer chez nos enfants est notre amour paternel et maternel. Si nous pratiquons avec amour le métier de parents, nous accomplirons ce qui est le plus important pour faire de nos enfants des adultes sûrs d’eux et pacifiques au lieu d’en faire des individus hostiles et violents.

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